Transfert de compétences

Les maisons de repos dans le brouillard

À quoi ressemblera le secteur des maisons de repos une fois transféré aux régions ? « C’est le grand silence… »

À quoi ressemblera le secteur des maisons de repos une fois transféré aux régions ? « C’est le grand silence… »

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Avec la communautarisation des maisons de repos, c’est un peu de sécurité sociale qui disparaît. On met quoi à la place, dans les Régions?

 

«C’est un premier pan de notre sécurité sociale qui vient de partir. On ne se rend pas compte à quel point ça va changer demain, pour les établissements, pour les résidents. On ne sera plus un acteur fédéral mais régional », insiste Chantal Castermans.

Elle parle au nom de la Fédération des institutions hospitalières. Ses collègues de la fédération des CPAS et de la fédération des Maisons de repos privées de Belgique sont d’accord avec elle. Ensemble, les trois fédérations représentent tout le secteur des maisons de repos de Wallonie  : «Soit 60 % des dépenses de soins de santé transférées par la 6e réforme de l’État», rappellent-ils.

« On ne voulait pas cette communautarisation. La complexité de l’opération n’a pas été comprise et l’avenir s’annonce difficile», commentent les représentants des maisons de repos.

Bon. Ça va se faire. « On prend acte de la réforme. » Mais quelle réforme? Dans quelles conditions ce transfert va-t-il se dérouler? «Il faudrait d’abord savoir quel modèle de gestion sera retenu. Et ça, on l’ignore», fait remarquer Philippe Defeyt (Fédération des CPAS). Et ils aimeraient en savoir plus. «En Wallonie, c’est le grand silence. En Flandre, des groupes de travail se réunissent au cabinet du ministre compétent. Avec le ministre compétent…» glisse Vincent Fredericq, secrétaire général de Femarbel (les maisons de repos privées).

Ils ont réclamé une audition devant la Commission Wallonie-Bruxelles. «Mais on n’a eu droit qu’à un court questionnaire. Je pense qu’il est temps d’interpeller les présidents de partis », avance Vincent Fredericq.

L’Inami  : le modèle

Ils ont lu qu’un accord de principe sur ce nouveau modèle de Sécurité sociale Bruxelles-Wallonie avait été conclu. «Il est dit qu’on va s’inspirer du modèle fédéral. Mais où va-t-on placer le curseur, entre une simple coordination et une harmonisation? Personne ne pense qu’un nouvel opérateur de gestion, un pilote qui établit les règles comme le fait l’Inami aujourd’hui, sera prêt en juillet 2014. Mais on ne peut pas se permettre de rupture dans le service aux citoyens. Or, il faut le dire  : nous trouvons que l’administration Inami fonctionne bien. Elle a fait ses preuveset a permis de faire évoluer les maisons de repos, en préparant et en estimant les besoins», poursuit-il.

Alors, quand on créera les caisses régionales, c’est vers ce modèle qu’il faut tendre, plaident les fédérations. Avec les mêmes fondements  : une logique de solidarité interpersonnelle, d’égalité et de cogestion avec les représentants du secteur et les mutuelles.

Il manquera déjà 18 millions €

Quant aux moyens… « La Wallonie va commencer avec une ardoise de minimum 18 millions, qu’elle devra assumer seule. Pour être concret, 18 millions€, c’est le financement de 360 emplois d’infirmières  : c’est ce qui manquerait avant même toute réforme.» Et on n’a pas encore soulevé la question de la nécessité d’ouvrir de nouveaux lits (une courbe de financement qui va augmenter moins vite que celle du vieillissement), ainsi que le chapitre particulièrement délicat de l’encadrement, ou encore les systèmes informatiques qui gèrent les paiements, le statut du personnel et des dizaines de questions «pratico-pratiques» sans réponses, qui laissent le secteur dans le brouillard. « Mais nous allons nous battre», assure Philippe Defeyt.