Environnement

Faut-il continuer à éclairer le ciel ?

On estime qu’entre 30 à 50 % de la lumière émise par l’éclairage public est dirigée vers le ciel…

On estime qu’entre 30 à 50 % de la lumière émise par l’éclairage public est dirigée vers le ciel…

-Reporters/Photononstop

En France, des mesures contre la pollution lumineuse sont entrées en vigueur le 1er juillet. En Belgique, rien n’existe vraiment.

Les étoiles filantes dans le ciel, c’est pour dans un mois. Sauf qu’en Belgique, c’est de plus en plus difficile de les observer. En cause? La pollution lumineuse. En France, la désormais ex-ministre de l’Environnement Delphine Batho a promulgué une loi qui restreint la pollution lumineuse de façon drastique (lire par ailleurs). En Belgique, on est encore nulle part!

Astronome amateur, Francis Venter milite contre la pollution lumineuse depuis 2005. Il a fondé l’ASBL ASCEN (Association de Sauvegarde du Ciel et de l’Environnement Nocturnes) depuis 2009. «En Europe, il y a déjà de nombreux pays, régions ou villes qui ont adopté des lois contre la pollution lumineuse. C’est le cas notamment en Lombardie, en Catalogne, aux îles Canaries… Au niveau des pays, il y a la Tchéquie et la Slovénie. En Belgique, il n’y a rien qui existe, que ce soit en Flandre, à Bruxelles ou en Wallonie. Des élus écolos ont déposé une proposition de décret au début de cette année au Parlement wallon. Mais c’est toujours au stade de la proposition.»

Le député Xavier Desgain, auteur de la proposition avec ses collègues Véronica Cremasco et Marianne Saenen, confirme. «Elle a été versée dans la commission de l’Environnement de Philippe Henry, mais elle n’a pas encore été discutée. Je vais demander pour qu’on puisse la présenter après les vacances parlementaires.»

Cette proposition vise avant tout à améliorer la qualité de l’éclairage extérieur. «En France, ils prévoient d’éteindre certains éclairages. En Wallonie, l’idée de la proposition est de dire qu’il faut d’abord éclairer mieux avant de ne pas éclairer. Des études démontrent que 30 à 50 % de la lumière produite par l’éclairage public est envoyée vers le ciel. S’attaquer déjà à ce problème permettrait de réduire considérablement la pollution mais aussi la facture.»

Car la pollution lumineuse n’est pas qu’une affaire d’astronomes en mal d’observation ou de protecteurs de la nature soucieux du sommeil des animaux ou du cycle perturbé des plantes. C’est aussi une affaire de sous et d’économies budgétaires. « De nombreux éclairages publics sont allumés toute la nuit, ce qui représente 4 200 heures par an, note Francis Venter. On pourrait faire de sérieuses économies en éteignant la nuit. Et puis il faut être cohérent avec ce que l’on demande aux gens  : d’un côté, on leur demande de faire des économies chez eux et de l’autre, on allume l’éclairage public durant toute la nuit même dans des endroits ou personne ne passe!»

Et la sécurité ?

Les arguments souvent avancés par les détracteurs concernent la sécurité, publique ou routière. Des arguments que balaie Francis Venter. «L’homme est un animal diurne et a toujours eu peur du noir, sourit Francis Venter. Mais toutes les études démontrent que l’éclairage n’apporte rien en matière de sécurité. Il faut savoir que statistiquement, la majorité des cambriolages ont lieu le jour. Pour les routes et les autoroutes, une étude du MET a démontré que l’éclairage n’amenait rien au niveau de la sécurité. Depuis que l’on a éteint l ‘éclairage sur les autoroutes en Wallonie, il n’y a pas eu, que je sache, d’augmentation du nombre de tués. Au contraire, certains pensent même que l’éclairage incite les conducteurs à rouler plus vite, car ils se sentent plus en sécurité…»

L’initiative française a permis à ASCEN de taper une nouvelle fois sur le clou. Et d’espérer que bientôt, des mesures de restriction de la pollution lumineuse voient le jour.