L’histoire belge de Gustave Courbet

« La signora Adela Guerrero, danseuse espagnole » (à droite) a été réalisée pour les 20 ans d’intrônisation de Léopold Ier.

Le peintre français Gustave Courbet s’invite aux Beaux-Arts. L’occasionde découvrir l’influence de la Belgique sur ses peintures et inversement.

De son œuvre, le grand public connaît surtout Un enterrement à Ornans, création qui avait fait scandale à l’époque, et L’Origine du monde, représentant en gros plan le sexe d’une femme et dont un expert a prétendu, il y a quelques mois, détenir le visage. Pourtant, le peintre français Gustave Courbet a produit bien d’autres chefs-d’œuvre, dont six d’entre eux sont actuellement exposés aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles.

«L’exposition poursuit deux objectifs, explique Dominique Marechal, conservateur des peintures du XIXe  siècle aux Beaux-Arts. Le premier était de faire connaître Gustave Courbet, car on s’est rendu compte qu’on ne savait pas grand-chose de cette personne. Ensuite, on a voulu montrer l’influence que Courbet a exercée sur des artistes belges. Très tôt, il a eu des contacts avec les Belges.» Gustave Courbet aimait les pays du Nord, et singulièrement la Belgique. «Mon genre leur convient», écrira-t-il dans un courrier adressé à ses parents en août 1846. Au point de considérer notre pays, vingt années plus tard, comme le sien.

Inspiré par les maîtres flamands et hollandais

C’est après avoir découvert les œuvres des grands maîtres flamands et hollandais (Rembrandt et Rubens notamment) exposés au Louvre que l’artiste originaire de Franche-Comté décide de partir à la découverte de nos contrées. Une influence que l’on retrouve dans le caractère sombre de certains de ses tableaux, comme Mère Grégoire ou Portrait du peintre Alfred Stevens (les deux tableaux en bas, à gauche, ci-dessus).

Des caractéristiques qui figurent aussi dans les œuvres des artistes qu’il a, à son tour, inspirés. À commencer par le peintre paysagiste bruxellois Louis Dubois, dont La femme au bouquet affiche de nombreuses similitudes avec Mère Grégoire de son mentor, bien que cette dernière création soit postérieure à celle de Dubois, l’influence de Courbet est notable.

Les deux artistes partageaient une obsession : rendre compte des scènes observées sans les modifier.

«Courbet est l’inventeur du réalisme, du vrai réalisme, commente M. Marechal. Il n’y a pas de sentiments, juste de l’observation. Il utilisait des grands formats pour dépeindre des choses ordinaires. Il utilisait l’observation contre le réalisme. C’est en ça qu’il était très moderne. À l’époque on embellissait. On employait des costumes, on ne peignait pas les pauvres. C’est ça, sa modernité. Et c’est pour ça que ses œuvres choquaient

Félicien Rops conquis

Gustave Courbet n’a pas peint que des portraits. Il a aussi réalisé des paysages : La plage de Saint-Aubin-sur-Mer, La falaise d’Etretat après l’orage ou encore Paysage à Ornans, d’où il est originaire. Plus près de chez nous, La Meuse à Freyr, même si, selon M. Marechal, le rocher peint serait davantage celui de Moniat, face à Anseremme. Le même qui a inspiré un artiste bien connu des Namurois, Félicien Rops. L’Enterrement au pays wallon du peintre et dessinateur namurois s’inspire directement de L’Enterrement à Ornans de Courbet, avec une touche anticléricale en plus.

Outre ses différentes œuvres, le visiteur pourra aussi admirer des dessins de Rops ainsi que plusieurs témoignages des passages de Courbet dans notre pays.