Les mots des ministres

«Une chose me frappe dans la communication sur le budget: on est dans le symbolique  », dit Marc Lits, de l’Observatoire du récit médiatique (UCL). «Il y a des mots interdits, comme le mot “index”. L’impact des mesures n’est pas différent d’un saut d’index, mais on édulcore les termes, avec des paraphrases comme “revoir le panier”. C’est une sémantique particulière, comme quand Elio Di Rupo avait appelé la privatisation de Belgacom une “reconsolidation stratégique”: on reformule la mesure prise pour qu’elle soit conforme à l’idéologie.  » Le responsable de l’ORM pointe aussi du doigt les sujets qu’on essaie d’esquiver: «Laurette Onkelinx a dit à plusieurs reprises à la RTBF lundi matin: “Voilà ce qu’on n’a pas fait!”»

Michel Francard, linguiste à l’UCL, souligne l’usage de «Quasi synonymes, qui anesthésient. Les ministres n’utilisent pas le mot “austérité”, qui est négatif, parce qu’il entraîne une destruction du train de vie. Ils préfèrent “rigueur”, qui a une connotation renvoyant à une attitude morale.  » Pareillement, la locution «limitation du train de vie de l’État  » a une connotation vertueuse, conforme au devoir.

Dans les constructions de phrase, les ministres abusent des formules passives: « Les mesures les plus douloureuses sont dépersonnalisées: il y a une mise à distance entre l’auteur des propos et les mesures, grâce à des “il y aura”, “on” et les formes passives.  » Cela contraste avec les «moi  » et «je  » qu’utilisait Nicolas Sarkozy même pour annoncer des mesures fortes. «Ici, il y a un tel nombre de participants, d’influence externes (les patrons, les syndicats) qu’il faut que chacun puisse s’y retrouver sans se sentir attaqué. Ce n’est pas tellement une question de langue française… Plutôt de la culture politique, voire de culture belge: c’est le consensus à la belge.  » Par contre, il remarque que le Tweet d’Elio Di Rupo disait «Nous avons un accord  », avec un nous majestatif… et que dans leurs commentaires, les ministres disaient «J’ai obtenu  », parce qu’au fond, tout le monde a gagné…

A. S.