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Cyclone Sandy: la faute du réchauffement climatique ?

Cette carte recense tous les cyclones entre 1985 et 2005. En rouge, les ouragans les plus intenses (force 5).

Cette carte recense tous les cyclones entre 1985 et 2005. En rouge, les ouragans les plus intenses (force 5).

-Robert A. Rohde

Certains établissent un lien entre l’augmentation des ouragans et le réchauffement. Mais le lien n’est pas prouvé, disent les scientifiques.

Une étendue de 800 kilomètres, une vitesse de déplacement relativement faible (entre 30 et 50 km/h), des vents violents soufflant jusqu’à 150 km/h et la rencontre avec un front froid venu du Canada sont autant de facteurs qui rendent Sandy particulièrement dangereux, bien que l’ouragan ne soit classé qu’en catégorie 1 sur une échelle qui en compte 5.

Il n’en fallait pas plus pour que certains y voient déjà une conséquence du réchauffement climatique. Comme Jill Stein, candidate du parti Vert des États-Unis, qui a accusé MM. Obama et Romney de ne pas se préoccuper de la question. «L’ouragan Sandy n’est pas la première mise en garde que nous ayons reçue», a-t-elle affirmé hier.

Alors, récupération politique ou réalité scientifique?

«Cet ouragan est violent car il combine plusieurs phénomènes. Il est anormalement énergétique et arrive dans une zone urbanisée qui n’est pas préparée pour accueillir des cyclones», selon Sébastien Doutreloup. De là à y voir une conséquence du réchauffement climatique…

«Selon moi, non, répond le climatologue de l’ULg, car c’est un phénomène ponctuel. Un ouragan ne fait jamais que réguler l’énergie dans l’atmosphère à un moment donné. On ne saurait pas dire à l’heure actuelle si c’est lié au réchauffement

D’autant, explique-t-il, que «le réchauffement des océans est irrégulier. On ne sait pas comment il va se répartir. On n’en aura peut-être moins à l’avenir, mais plus violents. Ou davantage, mais de violence égale. On ne sait d’ailleurs pas si on saura le dire un jour.»

Marc Vandiepenbeeck, climatologue à l’IRM, a un avis sensiblement différent.

S’il confirme que le lien «n’est pas encore prouvé à l’heure actuelle», il fait remarquer que «c’est ce que prévoient les scientifiques pour le futur». «C’est certain qu’ils vont devenir plus violents si la température des océans augmente.» Plus intenses et plus nombreux donc.

Mais pour l’heure, cela n’est que modélisation et théorie. Les scientifiques manquent de recul statistique.

Et pour cause. Les ouragans ne sont observés que depuis 1983. Les données fiables pour la période antérieure font défaut. Certaines statistiques existent mais sont classifiées «secret défense».

Reste un élément plus ou moins acquis : notre pays ne risque pas de connaître d’ouragan avant longtemps. La température de l’eau est trop basse. Pour qu’un ouragan puisse se former, il faut que le thermomètre affiche au minimum 26 degrés. On est encore loin du compte.

Et si le citoyen lambda peut avoir l’impression qu’il n’y avait pas autant de catastrophes naturelles de ce type auparavant, c’est tout simplement parce que l’emballement médiatique était moindre. «En 1938, l’ouragan (de Nouvelle-Angleterre, près de 700 morts, NDLR) n’a fait qu’un entrefilet dans les journaux. Aujourd’hui, on en parle pendant une demi-heure dans les JT. »