Le Don Quichott e des éoliennes

Des associations font la navette entre élus et citoyens. Surtout en matière d’environnement et d’aménagement du territoire. Elles sont souvent représentatives mais fonctionnent aussi de puissants lobbies.

Avec lui, c’est sûr, il n’y aurait aucune éolienne en Wallonie. Ancien journaliste recyclé en lobbyiste dans le secteur des ascenseurs, Luc Rivet est un fervent opposant aux éoliennes. Avec son association Vent de Raison, il sillonne les communes wallonnes pour se battre contre les moulins à vent.

Disons-le, l’homme ne fait pas dans la dentelle. Ses convictions sont férocement appuyées, et c’est en véritable bateleur qu’il sème la tempête dans les réunions d’information.

«J’assume parfaitement le trouble que je mets dans ces réunions. C’est au nom de la nécessaire contradiction. A défaut, les gens reçoivent un discours lénifiant de promoteurs et doivent écouter des salades sans broncher ».

Car Luc Rivet est formel, l’éolien en Wallonie est une fausse bonne idée : pas de rentabilité suffisante, un surcoût pour la collectivité et… des bénéfices énormes pour les promoteurs.

Par le Nimby

Il le reconnaît sans honte : son combat s’inspire d’abord du Nimby (Pas dans mon jardin). «Il y avait un projet éolien dans ma commune. À mes yeux, ces machines représentaient un véritable coup de poing dans mon environnement. Une éolienne, c’est une fois et demi la hauteur de l’Atomium. Faut arrêter de rigoler!».

Mais Vent de Raison a voulu dépasser le réflexe local. En fédérant des compétences. «Ce qui se passe, c’est que comme on veut mettre des éoliennes un peu partout, on touche des gens qui souvent sont très compétents. Notre association compte des économistes, des chimistes, des ingénieurs. Toutes ces personnes ont apporté du grain à notre combat », explique Luc Rivet.

Une technique

Dès qu’un projet existe, Vent de Raison accourt à tire d’aile. «Nous aidons les comités locaux ou bien nous les suscitons », note Rivet. La technique est rompue. On y verra soit de la stratégie soit un peu de manipulation, c’est selon. «On démarre sur la perte de valeur de leur maison si on met une éolienne. Et puis quand les gens se sentent concernés, on passe à des arguments plus scientifiques» , précise le Don Quichotte des éoliennes. Qui rigole lorsqu’il voit la tête des promo teurs s’assombrir lorsqu’il débarque dans une réunion. «Certains me disent : mais que venez-vous faire ici, vous n’êtes pas de la commune. Ce à quoi je rétorque : et vous, vous êtes domiciliés ici sans doute?»

Souvent, les échanges sont houleux. Jusqu’à l’invective. Car Luc Rivet et ses comparses n’ont peur de rien. Les joutes verbales passent un peu au-dessus de la tête des citoyens.

Et avec le politique, comment ça se passe ? «Au début, c’était assez mitigé mais de plus en plus de mandataires nous considèrent comme des alliés », répond Rivet. Il ne triomphe pas pour autant : «Les promoteurs ont trouvé l’astuce. Ils essayent d’acheter les Communes en leur disant : nous mettons douze moulins mais vous en aurez un. On a même poussé le cynisme jusqu’à baptiser ce cadeau d’éolienne citoyenne. Laissez-moi rire…»