ECONOMIE

Réforme des allocations : les sourds mal informés

La surdité est un handicap communicationnel, qui ne s’évalue pas sur des critères classiques d’autonomie.

La surdité est un handicap communicationnel, qui ne s’évalue pas sur des critères classiques d’autonomie.

-Reporters / BSIP

La réforme des allocations se prépare. Chez les sourds, des revendications, tantôt spécifiques tantôt communes, voient le jour.

Hier mercredi, la fédération des sourds francophones (FFSB) a rencontré son homologue néerlandophone. Même si la fédération francophone organise une prochaine consultation à Tournai le 23 septembre, des pistes se dégagent déjà.

Un problème d’information

Les sourds sont très mal informés sur le système d’allocations, d’aides, et sur leurs droits. Des textes existent, mais ils sont écrits dans un langage administratif et/ou médical. Des textes trop complexes pour les sourds qui n’ont pas toujours une parfaite maîtrise du français écrit.

La fédération suggère qu’un résumé soit fait en langue des signes, et mis en ligne sur le site du SPF. En parallèle, l’édition d’un support didactique sur DVD, remis aux services d’accompagnement, leur permettrait de mieux connaître le système.

En outre, une version en français écrit simplifié, facile à lire, pourrait être disponible, à destination non seulement des personnes sourdes, mais des personnes déficientes mentales.

La FFSB suggère la création d’une information en direct, donnée à l’école, en langue des signes. En effet, à la majorité, le système des allocations familiales majorées est abandonné au profit des systèmes d’allocations de remplacement et d’intégration… Mais sans aucun passage automatique. À l’école, le jeune pourrait être renseigné sur les démarches à entreprendre.

La perte d’allocation

Quand une personne sourde trouve un travail, elle perd généralement son allocation d’intégration. «Mais souvent, les frais augmentent, argumente Patrice Jabeneau. Les personnes ont toujours besoin de piles pour leur appareil auditif, des flashs lumineux pour leur sonnette… et souvent leurs frais téléphoniques augmentent, car ils doivent communiquer davantage par SMS.»

L’évaluation du handicap

Pour allouer une allocation d’intégration, on évalue l’autonomie de la personne. À la question «Êtes-vous capable de cuisiner seul ?», le sourd répond oui. Mais si elle est autonome pour se déplacer, se nourrir, la personne sourde a de réelles difficultés de communication au quotidien, comme le fait de ne pas entendre le changement de voie de son train, à la gare… « Nous avons des revendications proches des personnes autistes, explique Patrice Jabeneau, coordinateur en éducation permanente à la FFSB. Les problèmes communicationnels des sourds, comme les problèmes relationnels des autistes, sont un handicap important

La solution préconisée par la FFSB, est une évaluation pluridisciplinaire, faite par des personnes sensibilisées au monde des sourds. Cette sensibilisation, ils aimeraient la retrouver chez le personnel accueillant, qui aurait quelques notions de langue des signes, pourraient les saluer, leur demander d’attendre dans leur langue à eux.

Quand on est sourd, on ne devient jamais miraculeusement «entendant». Or, pour bénéficier de certains tarifs avantageux alloués aux personnes handicapées, comme un revenu cadastral plus bas, par exemple, il y a une réévaluation tous les cinq ans. Les sourds suggèrent de dissocier ces «avantages» du système d’allocations classique.

Le secrétaire d’État Courard termine ses consultations des différentes fédérations fin septembre, puis il s’attaquera à la réforme de la loi de 1987.