CULTURE

Des « artivistes » itinérants

Ces artivistes nomades ont fait leur première halte à la « Petite » Foire de Libramont, samedi.

Ces artivistes nomades ont fait leur première halte à la « Petite » Foire de Libramont, samedi.

-ÉdA – 201191619704

Le collectif Artivist sème son art militant au cours d’un périple nomade, à bord d’une caravane. Le courant prend de l’ampleur.

Le projet a pris un peu de retard sur le planning mais qu’importe… Pendant que la construction de la caravane se termine à Ottignies, une partie du groupe a enfourché les vélos. Ils ont démarré de Bruxelles, puis de Namur et ont rejoint aujourd’hui la «Petite» Foire de Libramont, alternative, en marge de la «Grande». «On y parle d’agriculture éthique et paysanne», indique Thibo, un des participants. Le groupe se rendra ensuite près de Nîmes en France, en compagnie cette fois de leur roulotte qui servira de porte-bagages et d’abri de fortune. «Elle sera attelée par deux chevaux et sera aussi un outil de sensibilisation», poursuit le jeune homme.

Ce périple nomade est baptisé «Projet Caravane». C’est une des nombreuses initiatives du Collectif Artivist, groupement belge qui allie art et militantisme. Ces «artivistes» (contraction d’artistes et activistes) ont décidé de mettre sur pied ce périple itinérant pour semer à tous vents leurs idéaux. Ils prônent la décroissance, rejettent le capitalisme dominant, invite à la désobéissance civile par l’art. Rejoints par une dizaine de sympathisants, ils mélangent les arts urbains et un mode de vie rural. «Pendant le périple, nous visitons des fermes et des communautés qui ont recours à l’agriculture locale ou biologique, explique Thibo. Nous proposons aussi au public du théâtre de rue, des concerts, des débats…». Ce collectif bruxellois n’en est pas à son premier coup d’essai. Fondé en 2009, il a déjà enfanté de deux projets : la Brigade des Clowns et les Tambours de l’Amour qui ont à leur actif une trentaine d’actions. Cela passe par des actions contre le nucléaire, l’OTAN, les OGM, le lobbying mais aussi des «manifs de droite», des interventions lors du salon de l’auto. « Toujours avec cette notion d’art, de dérision et d’absurde , indique Thibo. On veut lancer une révolution ludique et non-violente.».

L’artivisme, aucun doute, c’est un terme à la mode… Cette nouvelle expression de contre-culture est apparue dans la mouvance altermondialiste de mobilisation contre l’OMC à Seattle en 1999. Ce sont des artistes engagés qui ont décidé de « résister» au travers d’une révolution du quotidien. En abolissant les frontières entre art et vie, entre art et société. Ils se disent héritiers des dadaïstes, des situationnistes de 68 et du mouvement punk de Londres dans les années 70.

La Belgique est visiblement un terreau riche. Dans les précurseurs, on peut citer le Belge Raoul Vaneigem, révolutionnaire connu pour son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, paru en 1967. Plus récemment, on pointera l’entarteur Noël Godin, le cinéaste Jan Bucquoy (et auteur du Musée du Slip), Laurent d’Ursel et son collectif «Manifestement», l’Amazing Clown Army of Belgium… Ces artistes privilégient l’action collective dans des lieux publics, des performances où se mêlent impertinence, humour, art et poésie. Des révolutionnaires pacifiques…

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