Prisons : « Des conditions inhumaines »

La vétusté et la promiscuité dans les prisons belges amènent agressivité et violence au sein des détenus.

La vétusté et la promiscuité dans les prisons belges amènent agressivité et violence au sein des détenus.

-Belga

Ex-détenu, Jean-Marc Mahy témoigne des conditions carcérales d’hier et d’aujourd’hui.Et constate : les prisonsne sont toujours pas faites pour la réinsertion.

Évasions, grève des matons, surpopulation. L’actualité carcérale semble se répéter de mois en mois. «Depuis plus de trente ans», souligne même le Centre de recherche et d’information sociopolitique (CRISP) dans son dernier rapport sur la politique pénitentiaire, qui est «réduite à une gestion de crise sans principe directeur.»

C’est, entre autres, ce que Jean-Marc Mahy dénonce dans son livre Après le meurtre, revivre, cosigné par Jean-Pierre Malmendier, le papa de Corine (assassinée en 1992), avec qui Jean-Marc Mahy s’est lié d’amitié. Libéré sur parole en 2003 après avoir purgé 18 ans de prison pour deux meurtres, Jean-Marc vit aujourd’hui pour réparer ses fautes. Il est éducateur et témoigne dans des IPPJ, des écoles, auprès de jeunes en difficulté. Il est aussi sur scène pour raconter sa descente aux enfers dans Un homme debout, une pièce présentée l’an dernier au Festival d’Avignon (lire ci-dessous).

Rencontre avec un homme captivant, auteur du pire et du meilleur, qui a refusé de sombrer dans la noirceur de l’humain et qui croit dans la «restauration de l’âme».

Jean-Marc Mahy, comment un meurtrier peut-il devenir l’ami d’une victime et travailler avec elle ?

Le parallélisme entre l’histoire de Jean-Pierre Malmendier et la mienne est très frappant. Bien sûr, on ne choisit pas d’être victime, alors qu’on a le choix de devenir délinquant. Mais tous les deux, nous avons traversé les mêmes étapes. Celle de victime, car avant de plonger dans la délinquance, j’ai été victime d’une société qui n’a pas entendu mes appels (NDLR : Jean-Marc Mahy a notamment tenté de se suicider à 8 ans et à 16 ans). L’étape de la colère et enfin celle de la résilience, qui permet de restaurer son âme. C’est là qu’on s’est trouvés.

Dans votre livre, et dans votre combat, vous évoquez souvent des conditions carcérales épouvantables. Quinze ans après, rien n’a changé ?

Absolument rien. Pas plus que dans les années 80 ou 90 les prisons ne sont pensées pour la réinsertion des détenus.

Vous parlez de la surpopulation carcérale ?

Oui, notamment. En 1990, il y avait en Belgique 6 600 détenus. Aujourd’hui, on en compte près de 12 000. Mais les prisons, c’est comme les places de parkings : plus vous en faites, plus elles se remplissent. Et ça ne résout rien.

Alors, c’est quoi la solutiond’après vous ?

D’abord, la moitié des détenus n’a pas sa place en prison : les toxicos, les petits voyous… Il faut créer des centres pour travailler avec ces gens-là et les soigner. La prison ne les aide pas, que du contraire. Il faut également mettre des moyens dans l’engagement d’assistants sociaux, de psy et d’éducateurs. Et puis travailler aussi en amont, dans les écoles par exemple. C’est ce que je fais, en allant témoigner chez des jeunes pour leur dire à quoi mène la délinquance.

Donc, la prison ne remplit pas ses missions ?

Pour moi, elle remplit deux de ses quatre missions. Elle protège la société et oblige les détenus à purger leur peine. Ça, elle le fait bien. Par contre, elle ne se préoccupe pas d’une nouvelle insertion du détenu. Et je parle bien d’une insertion nouvelle au sein de la société, pas d’une réinsertion, car plus rien n’est pareil après la prison. La prison ne favorise pas non plus l’amendement, qui passe par une justice restauratrice.

C’est quoi au juste, une justice restauratrice ?

C’est une justice parallèle à la justice pénale. C’est ce qu’a fait Jean-Pierre Malmendier avec le meurtrier de sa fille : il est allé le voir en prison avec l’aide d’un médiateur, ils se sont parlé de leur souffrance respective. C’est une étape importante vers la résilience. Le problème, c’est que la plupart des détenus et des victimes ignorent qu’elle existe. Et pourtant, elle peut faire beaucoup de bien aux deux parties si elles sont d’accord. Je suis sûr qu’elle permet d’éviter des récidives. C’est mon message dans les prisons, où j’essaie d’apporter un peu d’humanité dans un monde totalement inhumain.¦