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Nouveaux prix du Thalys: "un système de castes discriminatoire"

Les tarifs Thalys sont plus clairs mais favorisent aussi les clients « business ».

Les tarifs Thalys sont plus clairs mais favorisent aussi les clients « business ».

-Éric Herchaft © Reporters

Nouveaux tarifs Thalys. Plus de lisibles, plus adaptés selon l'entreprise. Plus chers, moins flexibles et favorisant les « business ».



« Regroupement privilégié », une discrimination?

Thalys met en avant un service de "regroupement privilégié" séparant les "petits prix", "jeunes", "séniors",... des autres voyageurs. Réactions. Marc Tarabella, membre de la Commission de la protection des consommateurs au Parlement européen n'hésite pas à parler de la mise en place d'un «système de caste à l'européenne» et développe: «L'entreprise semble estimer qu'il est préjudiciable pour une personne ayant acheté son billet près de 80 euros d'être assise à côté d'une autre qui n'en aurait payé qu'entre 29 et 59. C'est relativement cocasse quand on songe qu'ils disposent de sièges de même taille. A quand des trains différents pour être sûr que les citoyens aux budgets limités ne croisent plus les autres?»

Discrimination? Pas au regard de la loi comme le confirme Edouard Delruelle, président adjoint du Centre pour l'égalité des chances « d'un point de vue juridique, il n'y a pas discrimination car Thalys n'empêche pas aux chômeurs, par exemple, d'accéder au service s'ils le payent. C'est une stratégie commerciale qui surfe sur le snobisme. On tend vers une stigmatisation de groupes, et nous sommes surtout face à un phénomène de distinction sociale qui veut que certaines classes aiment se retrouver entre elles et distinguent les ”gens bien ”des "gens moins bien".

Thalys insiste pour présenter le regroupement comme un « plus » et si la société met en avant la recherche de calme d'une clientèle souhaitant travailler, les tickets (plus chers) liés au «service » n'en demeurent pas moins proposés à la clientèle non «business». Justification bancale

C. Fi.
 

 

Les « smoove », « hi-life » et autres noms exotiques, c'est fini. On parlera désormais de «flex » et « semi-flex » et il coûtera plus cher de voyager.

Chez Thalys, on nuance la hausse. « Il y a des augmentations mais elles ne sont pas généralisées puisqu'en confort 1, les prix ont peu bougé. Le tarif d'appel pour le Paris-Bruxelles est certes passé de 25 à 29 mais il n'avait pas été augmenté depuis 2008 ».

Une seule augmentation en quatre ans, autant marquer le coup: + 16%. L'offre est trop vaste pour faire état l'augmentation moyenne significative et, chez Thalys, on se refuse à communiquer des chiffres.

Moins flexible

Pour prétendre à un remboursement intégral et un échange le jour du voyage, en reprenant l'exemple d'un Bruxelles-Paris, il faut désormais obligatoirement se déplacer en première et s'acquitter de 141E alors que cette facilité était autrefois associée au Hi-Life (90E).

L'argument avancé et que cette flexibilité était peu utilisée et qu'en contrepartie, d'autres services sont offerts comme le wifi gratuit en confort 2.

Notons que le wifi était déjà proposé, comme service payant, et que les nouveaux tarifs sont pour la plupart plus élevés qu'un ancien tarif majoré d'un voucher wifi. « Plus que de la gratuité nous offrons de la fluidité. » rétorque Scheherazade Zekri, responsable commerciale.

« Ce n'était pas assez fluide pour la clientèle business de devoir acheter un voucher, gratter la carte et entrer des codes ».

Regroupement « privilégié »

La clientèle « business », visiblement au coeur de la nouvelle politique tarifaire puisque c'est également pour la satisfaire que Thalys fait largement la promotion sur son site d'un nouveau service appelé « regroupement privilégié ». Comprenez: les détenteurs de billets « flex » et « semi-flex » seront séparés des voyageurs « no-flex », dits « petits prix" » ainsi que des catégories dédiées (jeunes,...).

D'après le porte-parole, n'y voyez aucune ségrégation, il s'agit juste de« regrouper la clientèle business qui avait parfois du mal à voyager avec les familles et de leur offrir un environnement plus favorable au travail dans des voitures adaptées, éloignées du passage vers le bar et de l'espace douane ».

Reste discutable de mettre en place un dispositif vendu comme « améliorant l'expérience à bord » qui exclut les « bruyants petits prix ».