Larzac-Wallonie, même combat

Pour mieux marquer l’opinion, les représentants du monde agricole wallon ont emmené leurs moutons paître sous l’Atomium.

Belga

Le monde agricole wallon profite de la sortie de « Tous au Larzac » pour tirer la sonnette d’alarme. Et notamment défendre l’accès à la terre.

Trois moutons et deux chèvres sous l’Atomium. Le cheptel est peu fourni. Reste le symbole. Il fait écho à l’imposant troupeau que les agriculteurs du Larzac avaient emmené promener sur le Champ de Mars, au pied de la Tour Eiffel, le 25 octobre 1972. Une façon d’envoyer paître les politiciens français, coupables de soutenir le projet d’extension d’un camp militaire qui les aurait alors privés de leurs terres.

Un combat raconté à travers un joli documentaire,Tous au Larzac (voir ci-dessous), qui fait écho au sort aujourd’hui réservé au monde agricole wallon, lequel se mobilise à quelques mois de l’entrée en vigueur de la nouvelle Politique Agricole Commune, à l’horizon 2014 : «Ce film, l’histoire d’une victoire, du pot de terre qui l’emporte face au pot de fer, est un véritable bol d’optimisme. C’est inspirant», relève Stéphane Desgain, chargé de recherche au Centre National de Coopération au Développement (CNCD). Car le quotidien est moins réjouissant pour le monde paysan, confronté à toujours plus de vicissitudes. Et qui n’en finit plus d’interpeller le politique.

En septembre 2009, la FUGEA de Xavier Delwarte et les producteurs de lait lançaient une grève du lait qui allait faire du bruit. Deux ans et demi plus tard, la situation du secteur n’a pas vraiment changé. En clair, malgré leurs actions, éleveurs et agriculteurs belges n’ont, comme le reste de leurs collègues européens, pas le sentiment d’être écoutés. Ni même entendus : « En 2011, en France, on a dénombré plus de 400 suicides, constate Xavier Delwarte. Chez nous, il n’y a pas de chiffres officiels. Mais il y en a eu aussi… »

Dans la ligne de mire des associations : bien sûr les dérives du commerce mondialisé, qui n’en finit plus de déréguler les marchés à coup de spéculation ou en important massivement des produits étrangers, cultivés sur des terres achetées une bouchée de pain, en Pologne, en Ukraine ou ailleurs. Si bien que l’Europe n’est pas loin, aujourd’hui, de l’insuffisance alimentaire : « Si on arrête aujourd’hui d’importer le soja brésilien, c’est tout le secteur de l’élevage qui s’effondre, assure Xavier Delwarte. Dans le même temps, l’accès à la terre est de plus en plus compliqué pour l’agriculteur belge. Elle disparaît pour faire place à des villas quatre façades ou des autoroutes. C’est pour cela qu’on dit qu’il vaut mieux louer ses terres selon le système du « bail à ferme ». Mais les propriétaires terriens ne veulent plus en entendre parler : ils préfèrent spéculer, louer année par année pour mieux pouvoir vendre si on propose de leur racheter pour ensuite y construire un zoning. »

Des subsides aux… propriétaires fonciers

Le CNCD, Oxfam et la FUGEA et beaucoup d’associations citoyennes poussent, eux, le circuit court et l’agriculture locale. Mais ils n’auront d’avenir que lorsque l’Europe prendra les mesures de protection adéquates. Or, les négociations en cours pour la réforme de la PAC ne vont pas en ce sens : « L’Europe est schizophrène, termine Xavier Delwarte. D’un côté, elle promet une agriculture de qualité. Mais de l’autre, favorise son intensification par des mesures absurdes. » Un exemple parmi d’autres : «Jusqu’à présent, l’Union Européenne donnait des subsides à tout le monde, y compris les… multinationales. Elle propose désormais de n’en faire profiter que les agriculteurs dits actifs. Mais la définition qu’ils en font englobe les propriétaires fonciers qui ne cultivent pas les terres qu’ils possèdent. Le problème, c’est que l’Europe est aux mains des technocrates. Et soumises au lobbying intensif des multinationales. »¦