Pour qu’on n’oublie pas les Afghanes

C. Hachemi vit à présent à Paris, mais fait de fréquents voyages dans son pays où elle dévelop- pe des actions humanitaires.

C. Hachemi vit à présent à Paris, mais fait de fréquents voyages dans son pays où elle dévelop- pe des actions humanitaires.

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En Afghanistan, Chekeba Hachemi soulèvedes montagnes pour venir en aide à la population, et surtout aux femmes.

Chekeba Hachemi, dans « L’insolente de Kaboul », vous racontez votre histoire, la fuite à 11 ans à travers les montagnes, votre passage en politique, votre action en faveur des femmes. Vous avez besoin de vous confier après avoir été la voix des femmes afghanes ?

C’est un travail très personnel, mais je voulais surtout montrer l’autre visage de l’Afghanistan, en dehors des reportages d’expertise qui ne parlent pas beaucoup des femmes et des hommes. L’Afghanistan, ce n’est pas que les interventions militaires. C’est aussi un peuple plein d’espoir, courageux et digne.

Je veux aussi lancer un cri d’alarme pour qu’on n’oublie pas cet Afganistan-là, et surtout les Afghanes, alors que le pays est à un moment charnière. Nous sommes à la veille d’une conférence où l’on va discuter de l’avenir de ce pays et, encore une fois, les femmes sont absentes de la décision, de leur avenir.

Quelle est aujourd’hui la situation des Afghanes ?

Si on compare avec l’époque des talibans, leur situation s’est beaucoup améliorée. Mais par rapport à 2001, la situation se détériore parce la situation générale du pays se dégrade, notamment sur le plan de la sécurité. L’Afghanistan n’est pas du tout une zone sûre. Les ONG quittent, petit à petit, les provinces qui retombent aux mains des talibans. Et chaque fois que les talibans arrivent, les femmes sont les premières victimes, y compris des bavures militaires ou des attentats kamikazes. Le taux de mortalité des femmes est l’un des plus élevés au monde. Elles devraient jouer un rôle primordial dans la reconstruction, alors qu’elles constituent plus de 50 % de la population, mais elles sont sous-représentées.

Pourquoi ne vous réengagez-vous pas en politique ?

Je n’envisage pas de m’engager aux côtés des acteurs qui sont actuellement au pouvoir. J’ai démissionné en 2009 après avoir dénoncé la corruption et ce gouvernement est toujours corrompu de A à Z. Je ne me reconnais absolument dans personne, y compris dans les partis d’opposition. J’ai quitté la diplomatie, mais je n’ai pas coupé les ponts avec l’Afghanistan. Je continue de me battre à travers mon association « Afghanistan libre » pour les femmes, les écoles, les centres de santé.

Que réalisez-vous avec « Afghanistan libre » ?

On a peu de moyens, mais on fait de grandes choses sur le terrain. On construit des écoles, des centres de santé, des puits. On a, par exemple, construit un lycée dans un village où il n’y en avait pas. Des jeunes filles ont ainsi eu leur bac, puis on leur a trouvé des bourses pour qu’elles puissent suivre leurs études dans la grande ville d’à côté. Quand elles reviennent avec un diplôme d’institutrice ou de sage-femme, c’est une grande joie. Plus de 12 000 jeunes filles ont pu être éduquées dans le cadre d’« Afghanistan libre »..

Pour sortir de l’impasse, pensez-vous qu’il faut négocier avec les talibans ?

La négociation avec les talibans ne va pas amener la réconciliation nationale. Ils ne vont pas changer et on va à nouveau sacrifier les femmes afghanes. Pourquoi négocieraient-ils, alors qu’en 2014 les troupes étrangères seront retirées ?

Redoutez-vous le départ des forces étrangères ?

La situation risque d’être pire après leur départ.

Selon vous, elles devraient rester ?

Ce n’est pas aussi simple. Je voudrais qu’on prenne conscience que l’Afghanistan est à un moment charnière et qu’on ne peut pas l’abandonner sans stratégie comme c’est le cas actuellement. À mes yeux, la communauté internationale a échoué et abandonne l’Afghanistan qu’elle avait promis de reconstruire en 2001. ¦