À 11 ans, Chekeba a grandi d’un coup

Les Afghans l’appellent l’insolente de Kaboul. Chekeba Hachemi a grandi d’un coup à 11 ans, quand elle a fui l’Afghanistan à l’époque où son pays subissait l’occupation de l’Union soviétique. Onze jours de marche à travers les montagnes. Onze jours de terreur, sans sa mère avec un passeur brutal, lui ouvriront les yeux sur la réalité de la violence de l’occupation russe. Un chemin semé de cadavres qui lui a forgé un sacré tempérament.

Rien ne la prédestinait à un tel parcours. Chekeba Hachemi est née en 1974 à Kaboul dans une famille bourgeoise et influente. Elle a onze frères et sœurs. Son père, gouverneur et proche du peuple, est décédé quand elle avait deux ans, mais il a toujours incarné son modèle.

Installée à Paris en 1985, elle y a fondé en 1996 l’association « Afghanistan Libre ». L’ONG soutient la mise en place de micro-projets dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’économie locale prioritairement destinés aux femmes.

Proche de Massoud

Chekeba Hachemi fut proche du célèbre commandant Massoud qu’elle a rencontré pour la première fois en 1999. Le courant est tout de suite passé entre le chef de guerre mythique et celle qui incarnait la jeune génération de la diaspora désireuse de s’impliquer.

Après l’assassinat de Massoud le 9 septembre 2001, les attentats de New York deux jours plus tard et la défaite des talibans, Chekeba Hachemi rentre dans son pays libéré et deviendra la première femme diplomate afghane en poste à Bruxelles. En 2005, elle est nommée conseillère auprès du vice-président à Kaboul. Puis, en 2007, ministre-conseiller à Paris. En 2009, après avoir dénoncé la corruption, et lassée de constater qu’aucun changement ne répond à son appel, elle décide de donner sa démission.

Aujourd’hui, elle vit à Paris. Mais elle poursuit son combat pour les droits des femmes. Elle écrit, témoigne, dénonce, multiplie les actions humanitaires sur le terrain. À 37 ans, Chekeba Hachemi a décidé de se raconter dans un livre, « L’insolente de Kaboul » (Ed. Anne Carrière). Elle qui a porté haut la voix des Afghanes, c’est la sienne qu’elle veut aujourd’hui qu’on entende.¦