Mortel parfum pour les pucerons

Attiré par le « parfum », le syrphe pond ses œufs. Le piège est tendu : les larves dévoreront les pucerons.

Doc Agro-Bio Tech Gembloux

Des chercheurs d’Agro-Bio Tech Gembloux ont créé un « parfum de pucerons » qui pourrait révolutionner la lutte contre ce parasite.

On se demande parfois à quoi sert le travail de ces chercheurs qui passent des années entre pipettes, incubateur, autoclave et autre séquenceur de protéines. Instruments dont le fonctionnement, pour le commun des mortels, est aussi obscur que ne le serait un Ipad pour l’homme de Cromagnon.

Pourtant, au printemps prochain, en pulvérisant vos rosiers, c’est peut-être à ces scientifiques en blouses blanches que vous penserez…

Car derrière ce geste tout simple, il y a cinq années de recherche fondamentale dans les labos de la faculté Agro-Bio Tech-ULg de Gembloux. Avec à la clé une découverte, consacrée par un brevet européen, qui pourrait bien révolutionner la lutte biologique contre ces parasites suceurs de plantes.

Sous la houlette du professeur d’entomologie et vice-recteur d’Agro-Bio Tech, Éric Haubruge, trois chercheurs sont parvenus à créer artificiellement le « parfum » auquel aucun syrphe ne peut résister.

Or, cette sorte de mouche aux couleurs de guêpe est l’ennemie mortelle des pucerons. Chaque larve de syrphe peut ingurgiter 1 200 pucerons. Soit 2 à 4 fois plus qu’une larve de coccinelle, autre auxiliaire utilisé dans la lutte biologique contre ces parasites des cultures et jardins.

C’est sur le miellat, cette sécrétion sucrée rejetée par les pucerons qui se gavent de sève, que les chercheurs ont concentré leurs travaux. Et ils ont réussi à isoler les micro-organismes qui, en dégradant ce miellat, produisent une odeur qui attire les syrphes. Mieux encore, ils sont parvenus à multiplier en laboratoire ces micro-organismes qui, pulvérisés sur une plante, exercent leur pouvoir d’attraction sur l’ennemi des pucerons. Le syrphe (mais la coccinelle y est aussi sensible) rapplique aussitôt sur la plante ainsi parfumée et y pond ses œufs.

« L’intérêt de ce produit est donc aussi qu’il peut être utilisé de manière préventive », indique Éric Haubruge. Autre intérêt de ce produit bio : il permettra de renforcer l’efficacité des auxiliaires mangeurs de pucerons. Car si l’utilisation des coccinelles, syrphes et autres chrysopes comme armes naturelles est efficace, il est parfois difficile de maintenir ces insectes auxiliaires à l’endroit voulu. En les séduisant avec ce parfum, que les pucerons y soient en quantité suffisante ou pas, ils y resteront et, surtout, y pondront leurs œufs d’où sortiront les larves protectrices des plantes.

L’entomologiste gembloutois est évidemment ravi que ces recherches soient sur le point de trouver un débouché concret sur le terrain. Car un lien aussi direct entre recherche fondamentale et application sur le terrain reste relativement rare.

« Or, ici, c’est vraiment une recherche fondamentale sur le comportement d’un insecte qui a ensuite permis de créer artificiellement un produit qui permet de reproduire ce comportement. »

Brevet déjà racheté, phase de test lancée

L’industrie n’a pas tardé à voir l’intérêt de ce nouveau produit. Une société belge a racheté le brevet et est en phase de test avant une commercialisation qui pourrait intervenir en 2012. Outre l’avantage d’une lutte 100 % biologique, le produit issu des recherches d’Agro-Bio Tech Gembloux a un coût de production inférieur à 0,50 €/litre. Soit bien moins que n’importe quel pesticide classique.

Or, les enjeux économiques sont énormes, sait le professeur Haubruge. Le puceron est notamment un véritable fléau pour les cultures de poivrons qui sont parmi les plus importantes cultures au monde. Et c’est sans compter vos rosiers…¦