Une roturière, un gage de sécurité

L’atmosphère était festive hier soir sur le Rocher. L’émotion sera encore au rendez-vous aujourd’hui lors de la cérémonie religieuse. Mais les rumeurs de nouvel enfant caché, de tentative de fuite de Charlène ternissent quelque peu l’ambiance. Le point avec Régine Salens, auteur du site « Noblesse et Royauté » qui fait aujourd’hui référence en la matière, et qui commentera le mariage religieux aujourd’hui pour la RTBF.

Régine Salens, une question est sur toutes les lèvres : le prince s’est-il assagi ?

Le prince a grandement profité de la vie. Mais il est aujourd’hui très prévenant avec sa future épouse. Depuis cinq ans, elle l’accompagne dans la plupart des manifestations à Monaco, ce qui est assez étonnant pour un prince régnant d’avoir à ses côtés quelqu’un qui n’a pas de statut officiel. Albert II a toujours eu beaucoup d’égards vis-à-vis de Charlène. Il a toujours dit : « Je me marierai le jour où je le sentirai ». J’ai l’impression que le jour est venu. Toutes ces rumeurs de dernières minutes sont très mal venues et n’honorent personne.

On compare inévitablement ce mariage avec celui de Kate et William. Certains parlent déjà d’une cérémonie au rabais à Monaco.

Le mariage de William était celui du petit-fils d’une souveraine régnante avec tout le décorum de la cour d’Angleterre. Ici, c’est le mariage d’un prince régnant. Ce n’est « que » Monaco, mais il y a quand même tout un protocole et le Gotha se déplace. Ce mariage, le futur couple princier l’a surtout voulu comme une grande communion avec les Monégasques. Ces derniers sont fortement mis à l’honneur au court de ces trois jours de très belles festivités. Pour une principauté, en comparaison avec le royaume d’Angleterre, Monaco n’a pas à rougir.

Qu’est-ce que le mariage peut apporter à la Principauté ?

Cela fait 55 ans que le rocher de Monaco n’a plus connu un beau mariage princier puisque ceux de Caroline et Stéphanie n’ont pas été des grands mariages. C’est un bel événement pour les Monégasques. C’est aussi une vitrine. Ce mariage permet de connaître Monaco au-delà du cliché de paradis fiscal pour milliardaires. C’est une volonté du Prince de donner de Monaco, membre de l’Onu et du Conseil de l’Europe, une autre image que le glamour, les milliardaires ou l’évasion fiscale.

Ce mariage est-il important pour assurer la descendance des Grimaldi ?

Ce n’est pas la motivation principale. Si le prince ne s’était pas marié, la dynastie est quand même largement assurée par la descendance de ses sœurs. Il n’y a pas péril en la demeure. Il n’y a pas de risque de voir le Rocher échapper aux Grimaldi. Les modifications constitutionnelles apportées par le prince Rainier permettent en effet aux neveux et nièces de prendre la succession.

Aujourd’hui, les princes épousent des roturières. Est-ce un signe d’ouverture des royautés ?

C’est ce que j’appelle le syndrome d’une modernité. C’est même un gage de sécurité pour les monarchies de pouvoir se raccrocher à des jeunes femmes qui ont pleinement vécu leur vie professionnelle, comme Maxima des Pays-Bas, Lætitia d’Espagne ou Mary de Danemark. Elles sont en quelque sorte l’interface entre la réalité quotidienne et des princes qui en sont peut-être un peu éloignés.

À un moment donné, c’est bien de ne pas vivre dans sa tour d’ivoire. C’est bien de coller aux réalités du terrain. Ces jeunes femmes se sont parfaitement fondues dans le moule du protocole et apportent un vent de fraîcheur et un éclairage plus terre à terre, ce qui peut donner un petit coup de sang plus vif aux monarchies.¦