COUPE DAVIS

La presse française entre fébrilité et assurance: «C’est maintenant ou jamais»

La presse française entre fébrilité et assurance: «C’est maintenant ou jamais»

La promesse de deux points et le déclencheur d’un «psychodrame» Photo News

La presse française préface une finale qui n’a pas le droit de tourner à la blague belge, et ce malgré l’épouvantail Goffin et le «psychodrame» de l’annonce de la sélection.

La France est favorite dans cette finale, très peu l’ignorent, et personne ne se cache. Surtout trois ans après la débâcle de la finale perdue au même endroit face à la Suisse de Federer et Wawrinka. Ce vendredi matin, le scénario prôné dans les colonnes des quotidiens français est clairement la victoire, au pire au terme du 5e match.

Pas une finale au rabais

Non, il n’y aura pas de superstar sur le court de Villeneuve-d’Ascq pour cette finale de Coupe Davis, contrairement aux trois finales perdues face à la Russie de Safin en 2002, la Serbie de Djokovic en 2010 et la Suisse en 2014. Des têtes d’affiche, les hommes de Yannick Noah n’en ont pas croisé davantage avant ce week-end. Sur leur route vers le saladier d’argent, le Japon était orphelin de Nishikori, les Britanniques n’avaient pas Murray, et Djokovic n’était pas là pour la Serbie. David Goffin, exemple d’humilité, ne rameutera pas les foules au stade Pierre Mauroy, malgré son classement et sa finale à Londres. Moins de paillettes sur le court et un coup d’enfoi en plein «Black Friday» ne signifient pas une finale au rabais pour L’Équipe, qui prévoit de s’enflammer pour Tsonga & Co.

«Pas de blague belge», Tsonga a les épaules

La France n’aura plus jamais une aussi belle occasion de s’emparer de la Coupe Davis qui la boude depuis 2001. Pour le Parisien, c’est ce week-end ou jamais. Le quotidien de la capitale française voit les planètes s’aligner. Cette fois, rien ne devrait empêcher l’équipe française de l’emporter. La troisième sera la bonne: Tsonga, absent pour blessure en 2010 et 2014 est opérationnel le jour J. Certes, nous avons Goffin, mais le même Parisien ne s’en fait pas et pronostique un 3-2 où seul notre n°1 aurait marqué des points pour nos couleurs. Ni Pouille, ni Tsonga qui se frotteront au n°7 ATP n’ont battu un joueur mieux classé lors de l’épreuve, mais «au pire, il faudra prendre les trois autres points». Voilà l’histoire du 10e sacre français que le journal parisien préfère évidemment à la mauvaise blague belge.

En parlant de blague, 20 Minutes fait fort: «Pourquoi ça va passer cette fois? Bah parce qu’il y a Tsonga». Selon ce papier qui ne cache pas du tout son optimisme, la «spirale de la lose» va s’arrêter grâce à Jo-Wilfried. Oubliez les Mousquetaires, cette finale est celle de D’Artagnan et de trois autres figurants. Il ne faudra même pas attendre le cinquième match, car JWT fera la totale: «Vendredi, Tsonga fait de la pâte à modeler avec le petit corps de Steve Darcis pour nous ramener à égalité. Samedi, il fait équipe avec Gasquet pour écraser un double belge bien faiblard sur le papier, et le dimanche, il nous épargne le stress d’un cinquième match au scalpel en roulant sur un Goffin cassé de partout.» L’auteur ne pousse pas l’enthousiasme plus loin. Une carrière dans la chanson française pour ce héros du tennis n’est pas (encore) envisagée.

Le psychodrame au pire moment?

Tout ça ferait presque oublier le «psychodrame» qui s’est déroulé hier et raconté par L’Équipe. Dans nos colonnes, nous faisons état d’un coup de poker, mais le quotidien sportif français sait que les cartes ont été rebattues dans la douleur. Exit Benneteau et Mahut, faites entrez Gasquet et Herbert pour le double, et tant pis s’ils n’ont jamais joué ensemble. Pierre-Hugues Herbert, ou P2H lorsque vous manquez d’encre ou de salive, partait de loin. Dimanche passé, Yannick Noah lui dit qu’il ne sera que remplaçant. En une semaine, le malheureux se déchaîne à l’entraînement et pousse le capitaine à changer d’avis. Et dans le même temps, Gasquet en fait de même. Mercredi, alea jacta est, du moins pour les joueurs. Tout se joue alors dans la tête de Yannick Noah. Seul lui pouvait imaginer changer les plans. Le capitaine fait fi des sentiments et explique tout simplement qu’il a «mis les meilleurs en simple et les meilleurs en double». Mais cet épisode laisse des traces, selon L’Équipe: «Le malaise est latent en coulisses et dépasse le cadre d’une simple concurrence pour l’accès au Graal. Ce groupe France ne sortira pas indemne de cette journée dont on n’a pas fini de reparler.»

Cet état des lieux jette un froid sur l’enceinte de Villeneuve-d’Ascq, qui était prédestinée à couronner les «Mousquetaires». Et pendant ce temps, les mêmes médias français continuent de s’étonner du sang-froid belge. Dans cette compétition où tout est possible, nous aurions tort de ne pas décréter, à notre tour, que c’est maintenant ou jamais: en face, les tensions naissent à 24h du premier coup de raquette, alors que notre leader est dans la forme de sa vie. Au double et à Monsieur Coupe Davis de déjouer les pronostics.