WEZEMBEEK-OPPEM

Les riverains craignent les dépôts d’amiante près de deux écoles à Wezembeek-Oppem: «Des traces sur ma véranda»

L’entreprise Steenacker qui effraye les riverains exerce une activité de démolition à deux pas d’écoles qui rassemble quelque 200 enfants.
L’entreprise Steenacker qui effraye les riverains exerce une activité de démolition à deux pas d’écoles qui rassemble quelque 200 enfants. -Google Maps

Un dossier pourrit l’ambiance (et l’air) dans un quartier résidentiel de Wezembeek-Oppem depuis plusieurs années. En cause: la crainte des riverains concernant le transit, le dépôt et le broyage de déchets de chantier pouvant contenir de l’amiante. Alors que 180 enfants vont à l’école juste à côté du terrain pollué, le Bourgmestre tente de rassurer une énième fois.

C’est un dossier pollué comme le ciel bas au-dessus du ring voisin. Et qui traîne comme les voitures coincées sur l’autoroute. Depuis des années, les habitants de la rue Gergel, à Wezembeek-Oppem, craignent de respirer l’air de leur quartier. En cause: les activités de l’entreprise de démolition Steenacker (1 sur le plan), qui emploie une trentaine de personnes dans ce coin résidentiel de la périphérie flamande. La principale crainte des riverains représentés par le comité de quartier Gergel-Marcelis: l’amiante.

«Cette entreprise commet des irrégularités depuis 20 ans dans une zone d’habitation, où 180 enfants fréquentent deux écoles maternelles» (2 et 3 sur le plan), résume Dinu Baldovin, membre du comité de quartier. «Le modus operandi est chaque fois le même: ils sont pris la main dans le sac puis demandent de régulariser leur dossier». Un permis régional de «classe 1» est en effet en possession de l’entreprise depuis les soubresauts de l’histoire. Ce qui autorise, selon le voisin, une pollution des sols, du stockage de déchets dangereux, le dépôt de gravats «contenant de l’amiante» ou le broyage de ces matériaux de chantier «qui libère la dangereuse substance dans l’air».
 

6000 flyers

Ces irrégularités ont été constatées par la police dès 2013. Depuis, de réunions avec les acteurs provinciaux, régionaux et locaux en pétition à plus de 1000 signatures, la commune a exigé l’assainissement d’un terrain pollué (4 sur le plan). «Suite à ça, Steenacker a demandé, puis reçu, l’augmentation de son autorisation de traitement des terres, passant de 1250 à 2500m3. Même à titre temporaire jusqu’à mai 2016, ce permis prouve que les sols sont effectivement pollués», assène Dinu Baldovin.

Pendant ces travaux, le Wezembeekois fait analyser l’air de son jardin. «Les données sont sans appel: il y a de l’amiante au-dessus de ma véranda», assure cet ingénieur du bâtiment à la retraite. «On imprime alors 6000 flyers pour informer la population. Plaintes et constats officiels sont effectués. Puis la commune demande à son tour une analyse. Mais après la fin des travaux, alors que la pluie était tombée: elle n’a donc rien montré» (lire ci-dessous). Le riverain met en doute ces résultats, qui semblent discréditer les siens.

«Les écoles refusent de paniquer»

La Commune de Wezembeek-Oppem décide alors de répliquer avec son propre communiqué, affirmant qu’il n’y a pas de danger. «Les directions d’écoles ont à ce sujet une réaction stupéfiante», s’étonne Dinu Baldovin: elles refusent de paniquer et mettent des dizaines d’enfants en danger, qui jouent dans les cours voisines». La commune estime aussi que les riverains vont trop loin dans leurs haros. Elle attaque donc en justice pour «attitude alarmiste et mensongère» (lire ci-dessous). C’est la dernière péripétie dans un dossier décidément aussi lourd que l’amiante est volatil.

Les riverains font le dos rond. «Aujourd’hui, nous craignons surtout une chose: que cette entreprise aux abois soit vendue et que le repreneur reçoive une autorisation de classe 1 définitive. Nous voulons donc que ce permis ne se contente pas d’exiger un simple mur antibruit: il doit exclure le broyage des matériaux et tout transit d’amiante sur ce terrain».

 

Le Bourgmestre Frédéric Petit: «Nous avons “tapé l’entreprise contre le mur” plusieurs fois»

Les riverains craignent les dépôts d’amiante près de deux écoles à Wezembeek-Oppem: «Des traces sur ma véranda» Le Bourgmestre (MR) de Wezembeek-Oppem assure que son collège «s’est senti agressé par le pamphlet des riverains». -BELGA Frédéric Petit, vous êtes Bourgmestre de Wezembeek-Oppem (MR). L’entreprise Steenacker va-t-elle recevoir cette autorisation de «classe 1» que les riverains craignent tant?

La Commune a reçu la décision de la Province: elle est favorable. Mais avec des restrictions drastiques, comme un mur antibruit et, surtout, l’emploi d’une machine spécialisée qui coûte une fortune. Ne pouvant se résoudre à la dépense, Steenacker a renoncé au broyage sur son site. C’est acté dans le permis: elle ne pourra donc plus jamais broyer. Voilà qui doit rassurer les riverains.

Quid de l’entreposage de déchets de chantier, que les riverains soupçonnent de contenir de l’amiante?

Je répète une nouvelle fois ce que le comité semble ne pas vouloir comprendre: le permis de classe 1 n’autorise le dépôt que «temporairement» et «si nécessaire» de déchets d’amiante «lié». Ce ne sont donc pas des fibres d’amiante à nu, mais bien un ciment qui peut en contenir. Ces matériaux doivent être scrupuleusement isolés dans des sacs hermétiques et traités dans un centre agréé.

Qu’est-ce qu’un «dépôt temporaire et exceptionnel»?

Par exemple, nous sommes vendredi à 16h et l’entrepreneur se rend compte sur chantier qu’il doit déplacer 2 sacs. Ceux-ci vont revenir sur son site, dans un camion, jusqu’au lundi où ils seront transportés en centre de traitement. C’est arrivé une fois en 2016, pour 3 sacs. Et dans ces conditions, il n’y a pas de danger.

Comment rassurer les riverains à ce sujet?

Leur crainte est que la société fasse commerce de cette autorisation de stockage, mais c’est absolument interdit. Par ailleurs, Steenacker est obligé de nous prévenir en cas de stockage, et nous pouvons vérifier. Enfin, l’entreprise doit disposer d’un coordinateur de l’environnement extérieur qui veille au respect de son permis.

Les riverains craignent les dépôts d’amiante près de deux écoles à Wezembeek-Oppem: «Des traces sur ma véranda» L’entreprise Steenacker renonce au broyage. Selon le Bourgmestre, c’est «acté dans l’autorisation de classe 1». -Google Street View Le comité de riverains met aussi en doute la validité de la contre-analyse que vous avez commanditée, arrivée selon eux trop tard après la potentielle pollution.

C’est l’entreprise indépendante que nous avons mandatée qui a elle-même décidé du moment le plus propice pour réaliser ces tests. Nous-mêmes, nous avons été prompts à les exiger car nous étions choqués par les alertes des riverains. Mais le vent et la pluie risquaient de les invalider alors nous avons dû attendre. On s’est même énervé. Je veux cependant rassurer: le résultat est sous le seuil de détection, la contamination est donc quasi nulle et sans danger.

La Commune attaque les riverains en justice: pourquoi?

Suite à leur pamphlet alarmiste, voire diffamatoire à l’encontre de notre collège, nous considérons qu’ils ont créé une «panique à bord» pour toute la population alors que seules 100 ou 200 personnes sont concernées. On s’est senti agressé. D’autant qu’honnêtement, nous avons été très durs contre Steenacker. Nous les avons «tapés contre le mur» plusieurs fois. On a menacé de les fermer. Nous n’acceptons pas qu’on répande la peur à notre encontre ou qu’on prétende qu’on manœuvre pour rouler les riverains alors que c’est l’inverse. Mais nous sommes prêts à retirer l’assignation sous certaines conditions (*).

(*) Renseignement pris auprès du comité de riverains, ces condition exigent «que les membres du comité envoient un toutes-boîtes dans lequel ils affirment avoir répendu des bruits alarmistes et mensongers portant atteinte à l’image de Wezembeek-Oppem, qu’ils s’en excusent et qu’ils assurent qu’il n’y a aucun danger sanitaire lié aux activités de l’entreprise en question».