SAINT-GHISLAIN

Saint-Ghislain: moins d'examens pour plus d'enseignement

Saint-Ghislain: moins d'examens pour plus d'enseignement

Les élèves du lycée Charles Plisnier en pleine recherche d'ADN. Pas d'examens cette année, mais une vingtaine d'ateliers pour apprendre autrement Ugo PETROPOULOS

Perd-on trop de temps à évaluer les élèves au détriment de l'apprentissage? C'est ce que pense la nouvelle direction du lycée Charles Plisnier à Saint-Ghislain. Cette année, la session d'examen de Noël a été supprimée. A la place: des ateliers pour apprendre autrement.

Au bout d'un couloir, une scène de crime. Des groupes d'élèves passent devant à tour de rôle et observent les lieux. Um meurtre a été commis dans un couloir du lycée Charles Plisnier. Qui a commis le crime? Ce sont les élèves de première année qui devront résoudre l'énigme.

Dans cet établissement d'enseignement secondaire à Saint-Ghislain, l'activité bat son plein durant cette dernière semaine avant les vacances de Noël, alors que dans beaucoup d'écoles on tourne déjà au ralenti: la session d'examens de Noël se termine. Mais à Charles Plisnier, elle a été supprimée cette année.

Cette réforme vient d'une réflexion du nouveau directeur du lycée Dimitri D'Agostino. Si les examens avaient été maintenus en décembre, les élèves auraient eu droit à seulement 5 jours de cours ordinaires entre le bulletin de la mi-novembre et Noël. Un mois entier aurait été mangé par la session: une semaine de révision, deux semaines d'examens et une semaine de corrections, de réunions...

"Cette session n'a pas de vrai intérêt pédagogique majeur", en conclut Dimitri d'Agostino. A la place de cette session, un mois de cours ordinaire, où les enseignants avancent dans leur programme, et une semaine d'activités diverses et de remédiation pour apprendre autrement.

Une autre forme d'apprentissage

C'est comme ça que des élèves jouent aux experts de la balistique en ce premier jour de semaine d'activités. L'intérêt pédagogique? il est multiple: "Premièrement, les élèves apprennent à développer leur sens de l'observation, énumère Dimitri D'Agostino. Ensuite ça permet de leur mettre le pied à l'étrier pour différentes activités qu'on ne fait normalement pas en première année: ils apprennent à utiliser un microscope, ils font une dissection..." 

"L'intérêt majeur, c'est la continuité des apprentissages. Ils apprendront des choses qui pourront être réutilisées par après, au niveau de la troisième". Enfin l'activité se veut transversale: outre une autre approche des sciences, les élèves travaillent aussi d'autres matières, comme l'anglais et le néerlandais durant l'étape description du portrait-robot...

A côté de cette activité-phare, c'est toute une mozaïque d'ateliers qui est organisée. Ce lundi matin, des élèves étaient à Mons pour une visite historique du chef-lieu du Hainaut. D'autres se rendent à l'entreprise Lutosa à Leuze-en-Hainaut afin de sentir concrètement ce qu'est la gestion d'entreprise, un autre groupe visite la centrale de géothermie de Saint-Ghislain...

Concentrer les sorties pédagogiques, c'est aussi permettre de libérer le calendrier à d'autres moments de l'année. Chaque année, une sortie est organisée au Musée de Mariemont, elle a été déplacée à cette semaine-ci, ce qui évite de perdre une journée d'apprentissage dans l'année... 

La suppression de la session d'examens de Noël a été très bien accueillie par les professeurs, qui y ont vu un bol d'air pour pouvoir avancer dans leur matière. Côté parents, "leur principale préoccupation était de savoir s'il y aura quand même des contrôles. Oui, il y aura toujours des évaluations, mais quand ce sera le bon moment."

Et le bon moment, quel est-il? C'est au professeur à le déterminer: quand il arrive à la fin d'un chapitre, d'un thème..."Si c'est le 15 janvier, ce sera le 15 janvier. Si ça doit être en février, ce sera en février." Au lycée Charles Plisnier, c'est l'apprentissage qui détermine le rythme des évaluations et plus l'inverse.

Retrouver la magie d'apprendre

A travers ce changement, il y a la volonté de sortir d'un cycle d'évaluations néfaste pour les élèves en difficulté. "Si un élève fait 8/20 à un contrôle en novembre, il ne faut pas s'attendre à ce qu'il fasse mieux en décembre. Au mieux, il refera 8/20 et aura 4 points à rattraper au lieu de 2". Et l'élève s'enfoncera dans une spirale négative.

En supprimant la session de décembre, c'est l'occasion aussi de dégager du temps pour de la remédiation, qui n'est plus vue comme une punition après les cours, mais qui se fait en parallèle des ateliers. "Ces activités, c'est permettre aux élèves de se sentir mieux. C'est prendre des chemins de traverse pour permettre d'accéder à une forme d'apprentissage".

C'est aussi essayer de retrouver la "magie d'apprendre". "Ce sont tous ces petits événements qui déclenchent cette magie d'apprendre". Une magie qui anime les élèves en primaire, mais qui disparaît ensuite. "Pourquoi en secondaire cette magie s'égrène au point qu'en troisième on en arrive à s'endormir sur le banc? Où part la magie de l'apprentissage?" S'interroge Dimitri D'Agostino.

Trouver la clé de cette énigme, c'est peut-être trouver une grosse partie de la solution aux problèmes touchant notre système scolaire. En remplaçant une session d'évaluations par une semaine d'apprentissages alternatifs, le directeur du Lycée Charles Plisnier espère résoudre une partie du problème...

1000 km fo Life

Pami les activités de la semaine, il y a aussi du caritatif: les élèves du lycée participent à la course "1000 km for Life", dans le cadre de l'opération "Viva for Life". Les élèves ont récolté près de 2000 euros pour l'opération caritative de Vivacité. Pour le lycée, participer à cette opération va un peu de soi: Ophélie Fontana, enfermée depuis ce matin dans un cube de verre, est une ancienne élève de Charles Plisnier...