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Faites don de vos SMS à la science

Faites don de vos SMS à la science

Est-ce que le gsm et les réseaux sociaux tuent vos compétences? L’hypothèse des chercheurs est qu’au contraire, ils les multiplient. Geertje De Waegeneer

Les chercheurs de plusieurs pays francophones se penchent sur vos mails et productions sur les réseaux sociaux, pour voir s’ils tuent votre orthographe, vos émotions et votre vie sociale, ou s’ils développent des compétences autonomes. À vous de contribuer.

L’UCL lance aujourd’hui le projet «Vos pouces pour la science». C’est la suite logique de la recherche antérieure «SMS pour la science», qui avait planché sur l’orthographe. Cette fois, les scientifiques vont travailler sur un corpus plus large: aux SMS, s’ajoutent les réseaux sociaux et les messageries de type What’s app, Viber…

«Le projet est international et pluridisciplinaire», explique Louise-Amélie Cougnon, linguiste. Chargée de recherche FNRS à l’UCL, la jeune femme coordonne le projet. «On travaille avec des chercheurs en linguistique, en psychologie, des sociologues, des professionnels de la communication, de l’éducation. Et ça se passe en Belgique, au Québec, la Suisse, la France.»

Développer une nouvelle compétence

Le projet a pour but d’étudier le langage et le comportement des populations au contact des nouveaux médias de communication. L’hypothèse de départ des chercheurs? Les nouveaux médias de communication ne mènent pas à une incompétence – perte de l’orthographe, repli sur soi… – mais à une pluricompétence: chaque personne serait capable de jongler avec la langue, mais aussi avec sa communication en fonction de la situation et de l’interlocuteur.

Trois compétences sont passées à la loupe. Au rayon orthographe et grammaire, on vérifiera si les nouveaux médias influencent notre façon d’écrire. À propos des compétences émotionnelles: «On étudie comment gérer tristesse, jalousie… Mais aussi cyberharcèlement et popularité sur les réseaux sociaux et dans les messageries.» Pour les compétences sociales et le rapport à la culture, il s’agit de voir comment gérer notre hyperconnection aux autres. «Et du coup, voir comment on gère le silence numérique.» Au niveau culturel, les chercheurs examineront comment on s’informe sur les réseaux sociaux, comment on fait du” title sharing”, soit partager un article sur base du titre et de la photo.

 

 

Déjà 200 sujets sous la loupe des chercheurs

 

Le travail n’a pas encore été présenté au grand public, mais l’UCL a déjà recruté en interne 200 participants à l’enquête. Si la théorie d’une double compétence orthographique SMS/vraie vie existe depuis la dernière recherche, la compétence sociale semble être également acquise chez les personnes utilisant les réseaux sociaux. «90% des personnes ont répondu “Je ne suis pas du tout populaires” alors que sur Facebook, ils avaient plus de 500 amis, que leurs postent étaient très “likés”. Ils distinguent vraiment les réseaux sociaux de la réalité, estimant que ça n’a pas d’influence sur leur popularité.

 

Qui seront les cobayes?

Les chercheurs veulent recruter 5000 à 10 000 participants pour leur corpus d’ici début janvier. «Pas seulement des jeunes, parce qu’on enquête sur les impressions et les écrits de tout le monde… Y compris les parents d’enfants victimes de cyber-harcèlement, des profs, pour voir comment ils gèrent l’orthographe de leurs étudiants, le chat en milieu professionnel… On s’intéresse à tout le monde.» Les données sont «anonymisées»: on enlève toutes les données à caractère privé.

Le public est amené à envoyer leur corpus de discussion sur tous supports, mais aussi de répondre à deux questionnaires sur http://www.vospouces.org/. «Ils vous posent des questions sur votre rapport aux autres et à la culture», explique la chercheuse. Pour motiver les volontaires, des cadeaux seront offerts par tirage au sort.

Le travail d’analyse des données va durer jusqu’en 2019

 

 

Quels outils de travail?

 

Pour l’analyse linguistique, des logiciels informatiques permettent d’analyser les thématiques et l’orthographe (tout en distinguant la faute d’orthographe du jeu de mots).

Au niveau psychologique, il y aura un travail sur le test préalable – le «quotient émotionnel»: «on mettra en lien son quotient émotionnel avec ses productions émotionnelles, donc sa capacité à gérer des situations sous-tension. C’est un travail manuel, qui sera réalisé par des étudiants.» L’ordinateur pourra intervenir un peu, notamment pour Andrea Pissarro, qui travaille sur les sujets tabous. «Elle reconnaît des structures et des mots-clés, grâce à des analyseurs, qui indiquent qu’il y a des sujets tabous.»

L’analyse sociale se fait également en comparant les réponses au questionnaire de base. «On étudie la notion de popularité: qu’est-ce que c’est qu’être populaire, est-ce quel es réseaux sociaux jouent un rôle?»