Een, twee, drie…A Molenbeek le néerlandais ça commence en maternelle !

Roland est content d'apprendre le néerlandais EdA

Une école maternelle et primaire avec un programme en immersion néerlandais vient d’ouvrir à Molenbeek.

8h15, à l’angle de la rue de Bonne et du Quai de Mariemont, c’est le chaos : «  mon Dieu quand il y en a un qui commence à pleurer, tous les autres s’y mettent » soupire Joke. Pour calmer le petit Yussef et tenter de le faire rentrer dans la classe, l’institutrice parle d’une voix douce mais ferme « Papa komt straks, alle naar boven » (Papa revient bientôt, allé monte). Pas sur que le garçon ait compris… mais l’institutrice ne s’en formalise pas : « je leur parle tout le temps en néerlandais. Ils ne seront pas parfaits bilingues à la fin de l’année, mais dans deux trois mois, ils comprendront déjà beaucoup de choses ».

« En néerlandais, on fait surtout des maths »

Dans la toute nouvelle école de Molenbeek, à l’architecture design, une cinquantaine d’élèves de 3ème maternelle, suivent les cours en français et en néerlandais. Pratiquement, deux institutrices, Joke et Christina, se partagent la classe : «  nous séparons les élèves en deux classes, une rouge et une orange. Hier, je me suis occupée d’une classe en français, pendant que Joke avait la classe en néerlandais. Nous échangeons, parfois à la journée ou pour quelques heures » explique Christina.

Pour les petites têtes, qui ne maitrisent pas toujours bien la langue ou qui en mélangent déjà plusieurs, l’immersion c’est un peu confus. « On utilise les mains et les pieds et ils finissent par comprendre. Avec eux, je fais beaucoup de mathématiques, car c’est plus concret et facile en néerlandais » ajoute Joke.

Un projet pilote, "een goed opportuniteit voor Molenbeek"

Pour l’instant, 250 élèves sont inscrits dans l’école, mais seules les classes de Joke et Christina, sont bilingues. « Il s’agit d’un projet pilote. L’année prochaine, ces élèves monteront en 1ère primaire en immersion et nous aurons une nouvelle classe de maternelle en immersion. Il faut voir comment le projet évolue, mais à terme, nous aimerions augmenter le nombre de classes avec un programme français/néerlandais », explique Daniel Moya, le directeur de l’établissement.

A Molenbeek, c’est une première, comme l’explique la bourgmestre Françoise Schepmans (MR) : «  nous avons voulu profiter de l’ouverture de cette école pour instaurer un programme en immersion car cela n’existait pas encore à Molenbeek-Saint-Jean. Nous avons collaboré avec d’autres communes qui pratiquent l’immersion, comme Woluwé, pour mettre le projet sur pied. C’est un beau projet et  nous nous sommes sentis soutenus, tant par la région, que par les habitants qui étaient demandeurs ».

Les écoles en immersion sont rares

Les parents de Sami sont enchantés que leur garçon suive les cours en immersion : «  c’est vraiment important de connaitre le néerlandais dans une ville comme Bruxelles. Nous avions recherché une école en immersion mais il n’y en avait pas près de chez nous. Et là, génial ! C’est l’école qui est venue à nous ».

Des parents qui rêvent d’un enseignement bilingue pour leur enfant, il y en a beaucoup. Pourtant, sur Bruxelles, il n’existe qu’une petite trentaine d’écoles (maternelles, primaires et secondaires) qui proposent ce genre de programme.

Des compétences régionales

En Belgique, l’enseignement relève de la compétence exclusive des communautés, chacune étant définie par la langue qu’elle utilise. C’est pour cette raison qu’il n’existe pas chez nous, d’écoles bilingues à proprement parler, comme c’est le cas au Grand-duché du Luxembourg par exemple, où l’allemand et le français sont utilisés comme langues d’instruction, dans des proportions différentes en fonction de l’année scolaire, en plus du luxembourgeois en maternelle. Il faudrait, pour créer ce genre d’établissements, que les communautés se mettent d’accord entre elles, et ce n’est pas gagné.

Pour contrer les difficultés politiques qu’engendrerait une telle organisation, on a imaginé les « écoles en immersion », une sorte de version modeste d’une école bilingue. Il s’agit de présenter l’immersion comme une deuxième langue et non comme véritable seconde langue d’instruction.

Malgré la publicité dont elle est l’objet, l’immersion reste un phénomène marginal dans les écoles de la Communauté française. « En Wallonie, environ 5 % des élèves de primaire bénéficient de ce système, avec un maximum de 11,4 % des élèves en Brabant wallon. À Bruxelles, on en compte seulement 1,2 % », peut-on lire sur le site du plan Marnix, une association qui vise à promouvoir l’apprentissage des langues à Bruxelles.

 

« Un beau bâtiment pour un quartier qui doit revivre »

Asymétrique, coloré et ultramoderne, le bâtiment qui abrite l’école, quelques logements sociaux et une crèche, dénote avec la grisaille du bord des quais. Entièrement passif, il a couté plus de 19 millions d’euros à la commune et à la Région. « Ce bâtiment c’est un message fort pour la commune de Molenbeek. Le canal a longtemps été considéré comme un axe de fracture avec les communes du nord-est, parce qu’il est squatté par des entreprises d’exportations. Créer ce style d’infrastructure, c’est une manière efficace de revitaliser ce quartier » explique la bourgmestre.