Santé publique : « On ne peut pas négocier »

Médecins du monde a mis en place un petit hôpital de campagne pour prodiguer des soins médicaux, infirmiers et psychologiques.
Médecins du monde a mis en place un petit hôpital de campagne pour prodiguer des soins médicaux, infirmiers et psychologiques.-ÉdA E. H.

Pour répondre à l’urgence humanitaire, quatre grandes ONG ont investi le terrain. Mais pour combien de temps?

Jamais un tel déploiement humanitaire n’avait été mis en place en France. Il y a un peu plus d’une semaine, quatre importantes ONG investissaient la jungle calaisienne pour répondre aux attentes des migrants. Médecins du monde, le Secours catholique, Solidarités international et le Secours islamique de France se disaient en colère face à «l’irresponsabilité des autorités françaises qui laissent des personnes souffrir de la faim et de la soif».

En retrait de la «jungle», à proximité de deux grandes tentes qui ont été dressées pour accueillir et héberger les primo-arrivants, Médecins du monde a installé son petit hôpital de campagne. Deux tentes et deux chalets en bois ont été posés sur un gravier blanc ceinturé d’un filet plastique orange. «Ce qu’on demande à l’État, peste Cécile Bossy, coordinatrice pour Médecin du monde, c’est de mettre des structures d’hygiène, médicales et administratives en place. Il faut une Maison des migrants pour les accueillir dignement sur Calais.» C’est d’ailleurs ce qu’a fait la ville voisine de Dunkerque mais avec un nombre plus limité.

«On s’est opposé à un accueil centralisé d’un nombre important de migrants où rien n’est privilégié pour les accueillir.»

La responsable humanitaire en appelle à une gestion digne de la situation: «il faut de l’eau, des toilettes, de l’éclairage, un ramassage des ordures… Peu de chose ont avancé. Il faut privilégier la santé publique avant de répondre à une épidémie: on ne peut pas négocier là-dessus.» Même si, sur place, nous avons constaté que les autorités avancent progressivement sur ces aspects. Nous avons rencontré des ouvriers municipaux qui ramassaient les ordures, des conteneurs ont été placés, des poteaux d’éclairage ont été plantés dans la principale traversée du camp…

«Ne pas se soigner est un facteur d’angoisse»

«Les migrants n’allaient plus au centre infirmier du centre Jules Ferry car il était trop souvent fermé. Et à l’hôpital – qui est à 50 minutes de marche – à partir d’un certain nombre, il ne prenait plus personne en charge.

Le fait qu’on soit ici soulage les migrants. Ne pas savoir se soigner était un facteur d’angoisse pour eux.» Au cours de la première semaine, l’ONG a ainsi effectué plus de 200 consultations médicales et infirmières. Majoritairement pour des problèmes ORL, dermato et traumatologiques liés aux chutes lorsqu’ils tentent d’embarquer dans les camions.

Habitué à l’urgence humanitaire, Médecins du monde n’envisage pas de s’établir durablement à Calais. L’ONG en appelle à «une structure similaire prise en charge par l’État.» Et de rappeler que ce qui existe actuellement à Calais est insuffisant. «Il manque les standards de type UNHCR.»

Et de confirmer que certains de leurs bénévoles revenant de mission à l’étranger ont constaté, avec incompréhension, les conditions d’accueil des migrants à Calais.