FRANCE

Acquitté et rejugé dans l'affaire d'Outreau: la justice s’acharne

Daniel Legrand père et fils: tous les deux acquittés en 2005. Le fils va devoir à nouveau vivre un procès pour des faits où il a été acquitté!
Daniel Legrand père et fils: tous les deux acquittés en 2005. Le fils va devoir à nouveau vivre un procès pour des faits où il a été acquitté!--
Daniel Legrand, acquitté dans le procès des crimes sexuels d’Outreau, va retourner en cour d’assises pour les mêmes faits.

Dans 10 jours, à Rennes, s’ouvrira un procès honteux. Honteux pour la justice française qui persiste dans le gâchis qu’elle a généré avec le procès d’Outreau dont la plupart des accusés avaient été acquittés en 2005.

Le 19 mai, Daniel Legrand, 33 ans, comparaîtra devant la Cour d’assises des mineurs pour des faits identiques à ceux qui lui ont été reprochés 10 ans plus tôt.

Le procès d’Outreau, c’est une plaie béante dans l’histoire de la justice française. Sur base d’accusations fallacieuses, 11 personnes seront condamnées en première instance pour des crimes sexuels.

Au final, sur les 17 accusés, 13 seront finalement acquittés au terme des deux procès. Certains auront passé de nombreux mois en prison, acculés par une justice aveugle, victimes d’une enquête bâclée, d’aveux extirpés…

Daniel Legrand avait, à l’époque 19 ans. Mis en cause par des enfants qui évoquaient un «Dany Legrand», il sera interpellé tout comme son père qui porte le même prénom. S’en est suivi 30 mois de prison, puis un acquittement.

Depuis 2005, Daniel Legrand ne s’est pas vraiment reconstruit. Il est même reconnu handicapé. Il est dépressif, est passé par la drogue et suit un traitement médicamenteux lourd.

Jeudi soir, dans Envoyé Spécial (France 2), c’est un homme à la dérive, hagard, qui a été présenté.

S’il doit à nouveau affronter une justice jusqu’au-boutiste, c’est parce qu’il a été jugé en 2005 devant un tribunal pour adultes alors que certains faits reprochés remontaient à son adolescence. Il a donc été acquitté pour les faits postérieurs à ses 18 ans mais pas pour ceux qui précédaient sa majorité. Pourtant, il s’agit des mêmes faits, avec les mêmes victimes: Bref, on refait l’histoire et on enfonce à nouveau un homme qui a déjà tout perdu.

On avait promis la prescription

Pourquoi cet entêtement de la justice française? En 2005, les avocats de Daniel Legrand avaient obtenu un accord tacite afin qu’un nouveau procès ne soit pas engagé. L’accord prévoyait d’aller au bout de la prescription des faits (octobre 2013) et de ne pas rouvrir un procès inutile.

Mais c’était sans compter sur une association de protection des enfants «Innocence en danger» qui a remis la justice en branle afin que Daniel Legrand soit jugé pour ces faits. Une hérésie… La présidente de l’association s’était justifiée dans le Nouvel Observateur: «il ne s’agit pas de rejuger un acquitté, mais de faire en sorte qu’un homme soit jugé pour les faits dont il est accusé par la justice».

L’association qui prône une forme de révisionnisme a même fait réaliser un documentaire sur le procès d’Outreau. Dans le film, on peut entendre ce genre de discours qui fleurent le grand complot: «on ne nous a pas tout dit», «une parodie de justice»… Le documentaire joue sur le ton «le film qu’aucune télévision n’a osé diffuser.» Même le juge Burgaud, celui qui a procédé par acharnement et par entêtement à l’égard des inculpés-condamnés-acquittés se plaint «d’avoir été comparé à un nazi.»

Voilà un procès qui ne redorera vraiment pas l’image de la justice française dans cette sinistre affaire d’Outreau…