ASSISES DE LIÈGE -

Affaire Ishane Jarfi: Jonathan Lekeu admet des coups mais minimise son rôle

La cour d’assise de Liège se compose notamment du juge Philippe Gorle.
La cour d’assise de Liège se compose notamment du juge Philippe Gorle.-BELGA

Un premier accusé a été interrogé ce mardi matin devant la cour d’assises de Liège sur les faits qui ont causé la mort d’Ihsane Jarfi.

Jonathan Lekeu s’est présenté comme un suiveur qui s’est laissé influencer par les trois autres accusés. Il a reconnu avoir porté quelques coups violents à la victime mais a minimisé l’importance de sa participation.

Ihsane Jarfi (32 ans), disparu depuis la nuit du dimanche 22 avril 2012, avait été retrouvé mort le 1er mai 2012 dans la région de Tinlot. Il a été la cible de nombreux coups violents qui ont entraîné sa mort. Mutlu Kizilaslan, Jérémy Wintgens, Jonathan Lekeu et Eric Parmentier sont accusés de l’avoir assassiné parce qu’il était homosexuel.

Jonathan Lekeu est resté flou sur certains faits durant son interrogatoire. Il a affirmé qu’il ne se souvient pas de tout ce qui s’est produit le soir qui a précédé les faits, car il avait consommé du whisky avec Mutlu Kizilaslan, Jérémy Wintgens et Eric Parmentier. Jonathan Lekeu s’est présenté comme un suiveur, un timide qui s’est laissé entraîner par les autres. Selon lui, c’est Eric Parmentier qui aurait pris la décision de se rendre dans le centre de Liège et d’immobiliser sa voiture devant l’Open Bar.

Jérémie Wintgens aurait mis sa main dans le décolleté d’une fille. Puis, Ihsane Jarfi serait arrivé à proximité de la voiture. Joyeux, il aurait proposé aux quatre occupants de les conduire vers des filles. Dans la voiture, il aurait ensuite formulé des propositions homosexuelles. Selon les proches de la victime, cette attitude, telle que décrite par les quatre accusés, ne correspond pas au comportement habituel d’Ihsane Jarfi. «Il a dit qu’il voulait faire des fellations à un musulman», a décrit Jonathan Lekeu en utilisant un langage plus imagé.

Selon Jonathan Lekeu, la voiture a pris la direction des quais de la Meuse. Les occupants, décidés à le conduire hors de la ville «pour lui mettre une bonne raclée», lui ont porté des coups alors que la voiture roulait. «J’ai donné cinq ou six coups de poing. Puis, on a envoyé Ihsane Jarfi dans le coffre, derrière la banquette arrière de la VW Polo. Il tentait de se protéger et priait. Kizilaslan lui donnait des coups pour le forcer à rester dans le coffre», a décrit Jonathan Lekeu.

La voiture a ensuite pris la direction de la route du Condroz et de Tinlot. Au bout d’un chemin de terre, Eric Parmentier s’est arrêté et a sorti Ihsane Jarfi du coffre. «Ils ont encore frappé. J’ai constaté que cela allait trop loin car Parmentier portait des coups de coude à la tête. J’ai tenté de l’écarter. Emporté par l’action, j’ai pris la relève et j’ai porté des coups de genou dans les côtes et des coups de pied à la tête. Ihsane Jarfi était au sol, inconscient. Je ne sais pas pourquoi on a encore frappé à cet instant.»

Après cette scène, Ihsane Jarfi aurait encore été transporté pour être abandonné dans un champ. Selon Jonathan Lekeu, il a été déshabillé par humiliation et pour s’assurer qu’il ne restait pas sur lui des traces des tissus provenant des vêtements de ses agresseurs. «Il était encore vivant car j’ai entendu un râle. J’ai pensé qu’il allait reprendre ses esprits et qu’il allait rentrer chez lui», a soutenu Jonathan Lekeu.

Selon Jonathan Lekeu, Eric Parmentier aurait formulé quelques jours après les faits l’idée de retourner sur place pour aller brûler le corps.