COUR D’ASSISES DE LIÈGE

Les parents d’Ihsane Jarfi ont préféré quitter la salle: «Trop insoutenable»

Me Jean-Paul Reynders, représentant la famille d’Ihsane Jarfi.
Me Jean-Paul Reynders, représentant la famille d’Ihsane Jarfi.-BELGA

Le procès au fond des quatre tueurs présumés d’Ihsane Jarfi a débuté ce lundi matin, par la longue lecture de l’acte d’accusation, auxquels les parents de la victime n’ont pas souhaité assister.

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C’est ce lundi matin que débutait à la cour d’assises de Liège le procès très attendu des quatre auteurs présumés de l’homicide d’Ihsane Jarfi, dans la nuit du dimanche avril 2012, après qu’il ait été embarqué dans une voiture à la sortie de l’Open Bar, dans le centre-ville de Liège. La circonstance aggravante d’homophobie pourrait être retenue à l’encontre de Mutlu Kizilaslan (30 ans), Jérémy Wintgens (30 ans), Jonathan Lekeu (25 ans) et Éric Parmentier (36 ans).

Le cadavre du jeune homme avait été retrouvé le 1er mai 2012 dans les bois de Seny, à proximité de Tinlot. L’enquête et l’analyse des appels téléphoniques effectués pendant la nuit avait conduit à l’arrestation de trois hommes, dans un premier temps, puis d’un quatrième, ce dernier étant Éric Parmentier.

Les parents d’Ihsane «ne peuvent entendre l’insoutenable»

La première matinée du procès au fond était consacrée à la lecture de l’acte d’accusation par l’avocat général Marianne Lejeune en alternance avec le substitut de Murielle Radoux. Le document d’une septantaine de pages retrace la soirée du 21 avril, la reconstitution des faits présentée par le ministère public, le profil des accusés tel qu’établi par des experts (psychologues et psychiatres), les rapports d’autopsie, les chefs d’accusation, les circonstances aggravantes, etc.

Avant l’entame du document, les parents d’Ihsane Jarfi ont fait savoir par le biais de leurs avocats qu’ils souhaitaient se retirer. «Rien ne vous en empêche. La cour admet généralement que des témoins assistent à l’ensemble des débats lorsqu’ils sont proches des victimes. Mais vous pouvez vous retirer lorsque vous le souhaitez», a précisé le président Philippe Gorlé.

Les frères et sœurs de la victime sont restés dans la salle, «mais pas les parents. C’est un choix qu’ils ont pris dès le début. Ils ne veulent pas connaître certaines choses, certains détails de l’enquête, qui sont trop insoutenables, ce que chacun peut sans doute comprendre», nous a expliqué l’un de leurs avocats, Me Jean-Paul Reynders.

«Ils assisteront vraisemblablement à la majeure partie des témoins, aux auditions des témoins. Ils seront tout particulièrement présents lors du témoignage de Talal Jarfi, témoin de fait. Ils se montreront solidaires», indique Me Aline Biémar, également avocate de la famille.

La lecture de l’acte d’accusation a en effet permis de prendre connaissance des faits reprochés, qui sont décrits comme très violents, au regard de la description des coups, blessures et lésions observées sur le corps de la victime, mais aussi son agonie, autant de points que les médecins légistes expliciteront encore dans la suite du procès.

La question du crime homophobe

La lecture de l’acte d’accusation annonce les questions relatives à la circonstance aggravante de l’homophobie. Deux des accusés, Mutlu Kizilaslan et Éric Parmentier, ont affirmé que la victime avait déclaré des propos «à caractère homosexuel» durant la nuit du 21 au 22 avril 2012, après qu’Ihsane Jarfi ait été emmené dans la voiture. Le premier a par exemple indiqué aux enquêteurs ne pas avoir supporté le fait que la victime ait mêlé son homosexualité et la religion musulmane.

Arc-en-ciel Wallonie: «Ce procès a une portée symbolique»

Thierry Delaval, président de la fédération Arc-en-ciel Wallonie, assiste au procès, «en tant que partie civile. À partir du moment où la circonstance d’homophobie pouvait être retenue, en tant que fédération regroupant une vingtaine d’associations homosexuelles ou encore LGBT, nous nous devions de nous constituer partie civile».

Le président d’Arc-en-ciel ne souhaite pas trop s’exprimer sur la tenue du procès , «nous verrons sur quoi il aboutit. Mais il est certain qu’il a une portée symbolique. Même si elle a été modifiée depuis, c’est en 2003 qu’est apparue la loi condamnant les actes homphobes. C’est seulement en 2012, avec la mort d’Ihsane, qu’elle a pu être utilisée dans la qualification d’un homicide. C’est à ce titre-là que nous sommes ici», ajoute-t-il. «Il est évident qu’il y a une forme d’attente par rapport à ce procès.»