Antibiotiques

Pierre, victime de la quinolone

Pierre ne fera plus de jogging. La quinolone lui a abîmé les tendons. Peu de chances de retrouver une vraie mobilité.
Pierre ne fera plus de jogging. La quinolone lui a abîmé les tendons. Peu de chances de retrouver une vraie mobilité.-(photo Belga)
La quinolone contenue dans certains antibiotiques provoque des lésions du tendon. Un effet connu des médecins. Pierre l'a appris à ses dépens.

La quinolone, vous connaissez? Sans doute que non et pourtant, peut-être en avez-vous déjà pris sans le savoir. Cette substance se retrouve dans une certaine classe d'antibiotiques prescrits la plupart du temps pour lutter contre des infections urinaires.

Malheureusement, si l'efficacité de ce type de substance n'est plus à prouver, ses effets secondaires peuvent provoquer de graves lésions tendineuses. Pierre, 29 ans, l'a appris à ses dépens.

Sportif, dynamique et en bonne santé, Pierre a consulté son médecin traitant pour un refroidissement. Pour lui permettre de se rétablir plus rapidement, ce dernier lui a prescrit un antibiotique de la classe des fluoroquinolones, médicament destiné aux traitements contre les infections bactériennes des voies respiratoires.

Cinq jours de prises plus tard, Pierre a commencé à ressentir des douleurs au poignet, avant de connaître de vives douleurs au tendon. Après avoir contacté des spécialistes, il est entré en observation dans une clinique universitaire, qui a rapidement rendu un diagnostic : lésion du tendon provoqué par la prise de quinolone.

Aujourd'hui, Pierre sait qu'il a une chance sur dix de retrouver une mobilité normale. Actuellement, il ne peut plus pratiquer aucune activité sportive et doit suivre un régime strict pour permettre aux tendons de se renforcer. Un exemple unique? Pas vraiment.

«Le fluoroquinolone peut effectivement provoquer des lésions tendineuses, explique le professeur Henri Nielens, spécialiste en médecine physique et réadaptation motrice aux cliniques universitaires de Saint-Luc. C'est un effet secondaire connu. Cela arrive dans quelques pour cent des cas. Les médecins en sont conscients. La quinolone est extrêmement efficace dans le cas d'une infection urinaire, car contrairement à un autre antibiotique qui se répand dans tout l'organisme, cette substance se concentre au niveau du problème urinaire uniquement. C'est un médicament souvent prescrit. Si le patient ne pratique pas de sport ou en pratique un de manière récréative, il n'y a pas de raison pour ne pas le donner. Maintenant, si c'est un sportif de haut niveau, il vaut mieux essayer de l'éviter.»

Médecins : dire le risque sans alarmer

Le médecin doit-il pour autant avertir le patient de ce problème? Pour le professeur Nielens, le débat n'est pas simple. «Dans un médicament, il y a toujours un effet secondaire possible, confie-t-il. Si on prévient le patient de l'entièreté des effets secondaires liés à un médicament, on va l'angoisser. Maintenant, c'est vrai qu'on peut le dire sans l'alarmer, de manière à ce qu'il arrête tout de suite la prise s'il ressent une douleur.»

Dans ce cas, précis, il est évident que si Pierre avait su les risques qu'il encourait par la prise de ce médicament, il ne l'aurait sans doute jamais pris. Même si, au départ, l'apparition d'effets secondaires reste, fort heureusement, assez rare. «Ce n'est pas un cas unique, mais cela est rare malgré tout, souligne le Professeur Nielens. Il faut juste garder en tête qu'en médecine, rien n'est impossible. On peut parfois avoir des complications importantes avec de bêtes médicaments. Et c'est clair que dans le cas de la quinolone, cela peut aller jusqu'à des lésions irréversibles au niveau du tendon d'Achille.»

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