Un guide pour les homos wallons

(photo Reporters)

Le troisième guide homo de Wallonie vient de sortir. Il renseigne, entre autres, des lieux dédiés aux gays. Une autoghettoïsation ?

Verlaine Berger, vous êtes porte-parole d'Arc-en-ciel Wallonie, la fédération des associations lesbiennes, gays, bi et transgenres (LGBT). Vous venez d'éditer avec la Région wallonne le 3e guide homo de Wallonie. Ça consiste en quoi ?

Le but premier est de toucher tous les gays de Wallonie afin de leur donner des infos pratiques : où trouver les associations LGBT si on en a besoin, les adresses de planning familial, les centres de procréation assistée qui acceptent les lesbiennes, les centres de dépistage du sida, etc. Mais ce guide a aussi un côté ludique.

C'est-à-dire ?

Nous renseignons tous les bars ou restaurants gays ou « gays friendly. »

« Gays friendly », ça veut dire quoi ?

Ce sont des endroits qui marquent leur volonté d'adhérer à un projet d'ouverture, qui ne sont pas forcément des bars ou restos pour homos mais qui montrent qu'ils les accueillent bien volontiers.

C'est une démarche un peu commerciale, non ?

Non pas du tout. Ce genre d'endroit veut simplement dire : venez chez nous, vous ne serez pas jugés. C'est une façon de penser, une idéologie.

Les homos ont besoin de ça ou de se retrouver entre eux dans les bars gays pour se sentir à l'aise ?

Oui, parce que l'homophobie est encore bien présente malgré les avancées législatives en la matière. Un couple de mecs qui se tient la main au resto, ça dérange encore beaucoup de monde.

Alors ils ont besoin de se retrouver dans des endroits où ils savent qu'ils seront acceptés sans préjugés.

Mais vous n'avez pas l'impression qu'en se retrouvant entre eux les gays font une sorte d'autoghettoïsation ? Ça va à l'encontre de l'intégration et de l'égalité de traitement qu'ils réclament à juste titre, non ?

Non. Fréquenter les endroits gays ne répond pas à un besoin. Si les homos étaient acceptés partout, ils n'auraient pas besoin de se retrouver entre eux. Ils n'ont pas le choix. On a tous besoin d'une vie sociale. Alors quand on n'a pas de lieux où aller en paix, on s'en crée d'autres.

Fréquenter les bars et restos gays n'est donc pas un réflexe automatique.

Non, ils fréquentent aussi d'autres endroits. Ils choisissent en fonction de l'accueil qu'ils reçoivent. Certains osent moins par peur d'être jugés ou parce qu'ils ont déjà eu une mauvaise expérience.

Mais les homos forment tout de même une communauté...

Non, ça c'est un mot d'hétéro. Les homos agissent simplement comme toutes les minorités du monde : ils se mettent ensemble pour être plus forts, pour revendiquer leurs droits et être entendus.

Ce qu'ils veulent, c'est simplement avoir les mêmes droits que tout le monde, faire partie de la société et pas juste rester entre eux. Il n'y a pas de culture gay. C'est encore une image véhiculée par les hétéros, ça.

Les homos sont là, pareils à tout le monde sauf pour ce qui se passe dans leur lit. Mais ça, ça ne regarde qu'eux.