TOURNAI

Pierre Caille, artiste malicieux

-Com.
Pierre Caille aurait eu cent ans cette année. La Maison de la culture et le musée de la Tapisserie lui rendent hommage à travers ses oeuvres.

Pierre Caille est né à Tournai en 1911, dix ans après Georges Gard. Avec l'humour qui l'a caractérisé, il écrit : «J'étais un valeureux petit spermatozoïde, autour de moi les autres, si nombreux, si vifs. Je suis arrivé le premier, n'en doutez pas. Maintenant, ce soir, un peu las, une question m'effleure : qu'allais-je faire, pauvre innocent, si pressé, dans cette galère? »

Elevé par sa mère et sa soeur, il prend goût à l'art dans l'atelier d'un oncle, Jules Pollet, peintre qui décora, entre autres, les locaux de la loge franc-maçonne tournaisienne. À 15 ans, il suit de manière éphémère des cours de sculpture à l'académie des Beaux-Arts avant de gagner la Cambre que vient de créer Henry Van de Velde. Il reviendra perfectionner sa formation technique à Tournai en 31 avant d'habiter Saint-Idesbald.

En 35, il participe à l'exposition collective «Jeune peinture belge». Van de Velde l'incite à travailler dans l'usine Boch de La Louvière pour y façonner des objets en vue de la manifestation «Arts et techniques» à Paris. L'accueil fait à ses travaux l'amène à refaire une session à La Cambre en section céramique. Il recevra la commande d'une oeuvre monumentale destinée au pavillon belge à l'Exposition internationale de New York de 1939-40.

C'est l'époque des grandes amitiés avec Charles Leplae, Paul Delvaux, Edgar Tytgat, Jean Brusselmans, Georges Grard. De son compatriote sculpteur, il aime à rappeler cette anecdote : «Un jour, pendant la guerre, il me montrait son potager comme il savait le faire pour son travail d'artiste et qui était de la même nature lorsqu'il s'agissait de la survie de sa famille ou de la pêche au bord de mer ou du braconnage quotidien. Il vit qu'un des pommiers portait une première pomme bien ronde, la cueillit et me l'offrit. Oui, elle était petite mais ce n'était pas une pomme ordinaire. Une seule pomme sur un arbre, cela tient du conte de fée, je l'acceptais comme telle

Il rencontre Ensor dont l'influence le conduit à produire des sujets plus plaisants et même humoristiques. Il enseigne son art à Bruxelles de 1949 à 76 dans l'école qui l'a formé. Un voyage au Congo le met en présence de formes plus primitives. En 54, il est prix du Hainaut, et l'an suivant, il obtient le prix Palm Beach lors de «Chefs d'oeuvre de la céramique moderne». Il participe à la fameuse Expo 58 et réalise le décor du «Sacre du printemps» pour Béjart.

Ses bronzes vont à la Biennale de Venise en 62. Il entreprend des sculptures colorées en bois dont une vingtaine se trouvent en la station Botanique à Bruxelles. «J'ai voulu parler du voyageur qui sort de terre le matin, y entre le soir. De ce va-et-vient continuel, de cette foule qui se gonfle comme une marée, puis se retire, son travail terminé ».

Une rétrospective est réalisée en 83 conjointement à Knokke et Tournai. Le Crecit réalise sa tapisserie «Chevaux, manants, chevaliers». Il meurt le 24 octobre 1996.

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