BIEVRE GRAIDE

Jean Sabeau dans le maquis de Graide

En 2007, le neveu de Jean Sabeau, Cédric Evrard, avait consacré une plaquette à cet ancien résistant qui est décédé en juillet dernier.

En 2007, la sortie de cette plaquette, publiée aux Éditions Eole, avait fait parler d'elle dans la région de Bièvre, en ce qu'elle ravivait le douloureux souvenir de la bataille de Graide. Cédric Evrard avait alors réinterrogé son oncle à propos de ce tragique épisode de guerre, survenu le 1er septembre 1944. Il raconte ses péripéties, lorsque Jean Sabeau et ses compagnons affrontèrent à armes inégales les troupes allemandes, dans les bois de Graide.

En septembre 1944, Jean Sabeau, né à Naômé (Bièvre), a 21 ans. Quatre ans plus tôt, à seulement 17 ans, il a connu le début des hostilités, la mobilisation générale, et un exil en France de courte durée. Il a même failli connaître la déportation, en Allemagne, comme travailleur. Il évitera cette humiliation et ce déchirement en se faisant passer pour un cultivateur. Ceux-ci en effet sont exemptés de travail obligatoire.

Cependant, sa vie bascula le 15 octobre 1941, quand, révolté, il décide de s'engager au sein de la légion belge, qui deviendra plus tard l'armée secrète. Il prêtera serment au lieu-dit «scierie», près du moulin Genon, sur la route de Graide.

Ainsi s'était-il livré, pour justifier cet engagement dangereux. «Je me souviens n'avoir jamais ressenti de haine envers l'occupant, pas plus que je n'avais envie de m'engager par idéologie. Était-ce pour l'aventure, par contradiction? Sans doute un peu des deux mais j'avais surtout peur de devoir un jour servir un maître qui n'avait rien à faire dans mon pays».

Caché dans un arbre

Cet engagement l'exposa cependant à bien des dangers. Dans le bois de Graide, lui et ses camarades d'infortune ont été pris en tenaille par les Allemands, qui avaient eu vent de leur planque.

Un mystère demeure quant à l'origine de la trahison. Les survivants de cette tragédie n'ont jamais su.

Sur les 37 maquisards pris au piège infernal, 17 ont été mitraillés par la puissance de feu allemande. Ces jeunes gens, inexpérimentés, qui n'avaient pour la plupart jamais tiré une cartouche, ont été fauchés par des soldats aguerris de retour de Normandie, à la rancoeur tenace.

Jean Sabeau, lui, échappa aux griffes mortelles en ayant l'idée de grimper dans un épicéa, auquel il se soude. On imagine son effroi quand un des Allemands qui les pourchassaient rageusement s'arrêta au pied de «son» arbre pour soulager un besoin naturel.

Un seul bruit, un bête craquement, et il était fait comme un «rat». Au lendemain du drame, ses parents le crurent même mort.

Cette tragédie a durablement marqué les esprits, d'autant plus qu'elle décima des familles. Hubert Denoncin, de Carlsbourg, perdit ses trois frères dans ce massacre, tous originaires de Naomé. Sur les 4 frères Colaux, un seul survécut, Joseph. Aujourd'hui, dans les bois de Graide, un monument et une stèle rappellent le maquis et ces «morts» sacrifiés pour la liberté.

Jean Sabeau, après la guerre, fera carrière au sein de l'administration des Eaux et Forêts, comme forestier. Veuf d'Olga, une Allemande rencontrée à Roetgen, il s'est éteint à son domicile de Saint-Hubert, le 10 juillet dernier, à l'âge de 87 ans.P.W.

L'ouvrage relatant cette sanglante bataille a été réédité deux fois. La première, tirée à 800 exemplaires, est épuisée. De la seconde, Il reste une trentaine d'exemplaires (vendu 10 ¤ pièce + 2 ¤ de frais de port) encore disponibles chez l'auteur, Cédric Evrard, + 352621 29 27 34, ou par e-mail : cevrard1@hotmail.com