BOUVIGNES-SUR-MEUSE

Retrouver les gestes des dinandiers médiévaux

-© EDA
Comment travaillaient les dinandiers au Moyen Âge ? Ce savoir s'est perdu. À Barsy, des chercheurs reproduisent les conditions de leurs ateliers mosans.

Des flammes menaçantes s'échappent d'un four en briques réfractaires profondément enterré dans le sol. Le corps presque entièrement couvert de cuir, le fondeur s'approche prudemment de la fournaise. À l'aide d'une longue griffe, il dépose un creuset au coeur du foyer. Dans une bonne heure, les entités de cuivre et de zinc qu'il contient se seront alliées pour générer du laiton. C'est la couleur changeante des flammes hautes de cinq mètres qui signaleront au fondeur que la réaction chimique a bien eu lieu...

Cette scène s'est déroulée vendredi soir au centre Archéolo-J de Barsy (Havelange), mais elle aurait tout aussi bien pu avoir pour cadre l'atelier d'un dinandier mosan au 13e siècle. Et pour cause : l'équipe internationale d'archéologues réunie dans le petit village condrusien tentait de reproduire avec exactitude les gestes posés à l'époque, gestes dont le souvenir détaillé s'est perdu au fil des ans. On parle ici d'archéologie expérimentale.

Chaudrons à l'export

Au Moyen Âge, Dinant et Bouvignes étaient d'importants centres de production d'objets en cuivre et en laiton. « On y moulait en masse des chaudrons et des ustensiles de cuisine, indique l'archéologue français Nicolas Thomas. Ceux-ci entraient dans tous les foyers, même modestes. Les dinandiers mosans exportaient en France, en Angleterre et même en Espagne et en Italie. » C'est le détail technique de cette remarquable page d'histoire que les archéologues tentent de reconstituer. Les chercheurs essaient de retrouver les trucs et ficelles utilisés à l'époque pour produire à bas coût, en quantité quasi industrielle.

« La dinanderie n'a pas été étudiée de manière exhaustive sous l'aspect technique, explique René Branders, responsable de l'archéologie expérimentale chez Archéolo-J. Ici, on avance de façon empirique, par essais et erreurs. Ce qui est encourageant, c'est que les résidus nos expériences sont semblables à ceux retrouvés lors des fouilles archéologiques menées par le Service Public de Wallonie dans des ateliers de dinanderie à Bouvignes et Dinant. »Les chercheurs présents à Barsy sont Belges, Français, Allemands. Ils se sont engagés dans une campagne de trois ans dédiée à l'étude de la pratique de la dinanderie. Ils partageront leur temps entre leurs labos respectifs et le centre d'expérimentation d'Archéolo-J, qui les accueillera une semaine par an.A.Deb.

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