ASSESSE CONSEIL COMMUNAL

« Non à la vente du paysage »

Assesse veut faire banquer les promoteurs éoliens pour « préjudice environnemental ». Inacceptable et dangereux, selon la minorité.

On a longuement parlé éoliennes, jeudi soir, au conseil communal d'Assesse. On sait qu'un projet existe à Florée. Alternative Green, le développeur, l'a présenté au public en juin dernier : six mâts au lieu-dit Grands Champs . L'étude d'incidences est en cours... « Ces dernières années, on a bien eu cinq ou six projets, toujours au même endroit », entame Pierre Tasiaux (ACOR). L'échevin de l'Aménagement du territoire soumet au conseil communal une « convention d'indemnisation pour préjudice environnemental » . Le conseil l'a approuvée majorité contre opposition.

Cette convention, qui sera signée avec Alternative Green comme avec tout autre opérateur qui s'intéresserait au territoire communal, est présentée comme innovante. « D'habitude, les communes obtiennent 1 500 ou 2 000 € par éolienne, indique Sébastien Humblet, l'échevin du patrimoine (ALN). Nous, nous demandons beaucoup plus : 17 200 € par éolienne et par an. » Pour le projet Alternative Green, cela représenterait donc 2 064 000 € sur 20 ans. « Cela ne préjuge en rien de l'attitude de la commune sur le projet en lui-même, précise Pierre Tasiaux. On prévient juste les promoteurs : vous connaissez nos tarifs. » Se faire indemniser via une convention, c'est mieux que de taxer chaque année, considère Sébastien Humblet. Les montants obtenus sont plus importants et c'est plus sûr : le partenaire ne peut pas aller en recours sur ce qu'il a signé. « Regardez les taxes sur les pylônes GSM, dit l'échevin du patrimoine. Aucun opérateur ne les paye : ils introduisent des recours et ils gagnent à chaque fois. » L'indemnisation, complète Pierre Tasiaux, est en outre plus simple à gérer que les prises de participations dans les éoliennes dites « citoyennes ».

Moralement inacceptable Didier Want (Écolo) s'insurge face à cette convention basée sur un principe moralement inacceptable selon lequel on peut vendre un paysage. Le conseiller de l'opposition estime aussi que la convention, mise sur la table par le promoteur lui-même, a été élaborée à son seul avantage. Elle biaise selon lui l'impartialité de la commune : « Elle s'assimile tout simplement à la vente de l'avis positif de la commune, dit-il. La commune aura tout intérêt à ce que le permis soit octroyé puisqu'elle y a un intérêt financier ! » Le conseiller Écolo sort sa calculatrice. « Ce qui est proposé comme indemnisation, c'est fort peu en regard du bénéfice rapporté par une seule éolienne sur 20 ans, soit 4 millions d'euros », dit-il. « Mieux vaut ça que de rester au balcon et de ne rien obtenir du tout », rétorque l'échevin des finances, Marc Pierson (ALN). L'opposition Écolo n'est pas convaincue : « Le seul moyen de gagner vraiment de l'argent avec une éolienne, pour une commune, c'est d'investir dans cette éolienne, dit Didier Want. Alors prenons les choses en main, faisons réaliser une étude de vents et lançons un appel à projets » .

Didier Want appelle enfin à la prudence face à un promoteur jugé peu recommandable : « Alternative Green est le seul développeur éolien dont la candidature comme membre a été refusée par Edora, la fédération des électriciens verts. » A. Deb.

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