Le piétrain, né de père inconnu

-(photo Reuters)
Mais qui est donc le papa du porc piétrain ? La polémique subsiste encore, plus de 60 ans après la reconnaissance de la race.

L'avenir de la race du porc piétrain est menacé. Un sujet qui peut susciter une inquiétude parce que cette race dépourvue de graisse représente le fleuron agricole du Brabant wallon. Mais le plus étonnant ne se situe pas au niveau de la menace de la race, mais plutôt de son origine. La polémique fait rage. Mais qui est donc le papa du porc piétrain ? Au risque de marcher sur des oeufs, nous avons décidé d'avancer non pas sur du velours, mais sur du lard. Une enquête digne de Columbo au coeur d'un petit village du Brabant wallon. Un hameau, non pas d'irréductiblesPiétrinois, mais d'irréductibles défenseurs d'une race qui fait la fierté de toute une région. Tous veulent s'arracher l'origine de ce cochon qui fait finalement figure de souverain au coeur de la race. « Houlà là, on entre dans la polémique à ce niveau, tout le monde veut s'attribuer la première race de piétrain chez lui, souligne Éric Ossaer, éleveur de piétrain, mais également président de la ARPP (Association régionale pour la promotion du porc piétrain). C'est impossible de savoir exactement d'où vient cette race. Ça date des années 20 et aucun de nous n'était là. Donc aujourd'hui tout le monde veut avoir l'honneur d'un aïeul à la base de l'invention. Mais ce n'est pas aussi simple. Vous savez dans ces cas-là ce n'est pas le fruit d'une seule personne, mais plutôt d'une lignée. Plusieurs choses entrent en compte. Une chose est certaine, il existe plusieurs versions. Personne n'a la vérité. Moi ce que j'ai entendu c'est une histoire de deux porcs noirs venus à Piétrain dans les années 20 dont personne ne voulait. Un éleveur les a achetés et c'est parti de là. » Bon, à côté de cela, l'histoire des trois petits cochons paraît vraiment simpliste... Sauf que cette histoire de cochons noirs nous est également rapportée à la confrérie de « l'Ordre du Cochon de Piétrain ». « La version la plus plausible est l'arrivée de deux porcs noirs sur les hauteurs de Piétrain, à Chapeau-Vaux, raconte Jérome Moens, secrétaire de la Confrérie. Personne n'en voulait et c'est Jules Kaisin, le grand-père d'Henri Stas qui les aurait rachetés. C'est de là que partirait le développement de la race. Maintenant d'où viennent ces deux porcs noirs c'est une grande question. On parle d'Angleterre et d'Allemagne. Le piétrain a finalement été reconnu dans les années 50 et a donné son nom a cette race parce que c'est à Piétrain qu'on en trouvait le plus. » Espérance, le tout premier ? Bon, retournons dès lors là oùnous pensons que tout a commencé... Dans la ferme de la Sarte chez Henri Stas, petit-fils de Jules Kaisin. « Je ne peux rien affirmer de plus si ce n'est que j'ai un document officiel de la Fédération nationale du piétrain reconnaissant l'origine de la race et ce document date de 1947. L'histoire est celle de mon grand-père qui a acheté des porcelets à un marchand de porcs de Chateau-Vaux. Des porcelets dont personne ne voulait parce qu'ils avaient des taches. Depuis ce moment-là, tout ce que je peux vous dire, c'est que chez nous, nous n'avons plus acheté le moindre porc. Donc pour nous, c'est l'origine du piétrain et cela date des années 20. » Et Henri Stas de nous sortir dans le même élan un arbre généalogique de la première truie inscrite au Pig Book suivant les recherches de la FBEP (Fédération nationale des éleveurs de porcs de Belgique). Un document qui permet de remonter à l'élevage de Jules Kaisin et au premier porc piétrain nommé Espérance, en 1947. Alors qui dit mieux, serait-on tenté d'écrire...

Mais la contestation fait rage et certains ne sont pas prêts à s'en laisser conter. « Je ne peux pas laisser dire cela, nous confie Victor Rome, fils de Julien Rome. Le piétrain a vu le jour chez mon papa. C'était un petit cochon échangé avec un certain Monsieur Derwa, d'Émines. Nous avons un document officiel qui date de 1973 du comité exécutif du syndicat des éleveurs du porc piétrain. Nous avions obtenu six signatures pour faire reconnaître cette race. » Voilà qui est loin d'être clair comme de l'eau de rose... Si on ajoute la version de Liliane Doyen, éleveur elle aussi de piétrain à Jodoigne et qui nous dit qu'elle a toujours entendu dire que le piétrain était né à Molembais Saint-Josse à la ferme Stassen, voilà de quoi y perdre son latin.

Mais laissons la conclusion à la Confrérie : « Le but principal est de défendre la race piétrain et finalement peu importe d'où elle vient. »