Tecteo : un patron champion des cumuls

Rémunération secrète, conflit d'intérêts : la position du directeur général de Tecteo illustre l'opacité persistante des intercommunales wallonnes.

L e site Web de Tecteo est en construction depuis plusieurs mois. Insolite : le groupe faîtier chapeaute Resa, la filiale énergétique en charge, depuis le 25 septembre, du réseau de l'ancienne Association Liégeois d'Électricité, mais aussi Voo, opérateur du câble wallon, présent sur les marchés de la télédistribution, de la téléphonie et... d'Internet. Mais cette indisponibilité reflète peut-être aussi l'opacité qui, en dépit de la volonté politique de les rénover, pèse encore sur les intercommunales wallonnes : le contrat du directeur de Tecteo, Stéphane Moreau, n'a été visé ni par le conseil d'administration, ni par le bureau exécutif de l'entreprise ! Et sa rémunération, par le biais d'une société, échappe à tout contrôle. Au même titre que celle du responsable financier, Pol Heyse, qui travaille, lui, dans le cadre d'un contrat de consultance.

« Ces contrats ont été conclus avant le début du processus de rénovation des intercommunales, et l'adoption du code de démocratie locale » plaide un des administrateurs du groupe. « De plus, nous nous situons désormais dans un contexte extrêmement concurrentiel, où pareille situation est courante. Et où nous sommes forcés de nous aligner sur les rémunérations pratiquées ».

Rémunération de l'ordre, nous a-t-on confirmé de diverses sources, de 30 000 euros mensuels. Somme brute s'entend. À laquelle, dans le cas de Stéphane Moreau, s'ajoute celle de bourgmestre faisant fonction de la commune d'Ans, dont le mayeur, Michel Daerden, ministre fédéral des Pensions, est en congé : quelque 50 000 euros annuels. Bruts toujours.

Le directeur de Tecteo est d'ailleurs très demandé : le « Moniteur » du 14 août 2009 a répertorié dans son chef 28 mandats, dont 10 rémunérés ! On y relève notamment ceux d'administrateur-délégué de l'IGIL : l'intercommunale de gestion des infrastructures liégeoises regroupe le Palais des Congrès de Liège, et les halles de foires de Coronmeuse.

Stéphane Moreau est dans la foulée administrateur-délégué (non-rémunéré) de la Foire Internationale de Liège (FIL) ; administrateur et membre du comité de direction de la Société Liégeoise de Financement ; administrateur de la liégeoise SPI +, ou encore vice-président de la Société de Logements (sociaux) du Plateau. Il est aussi resté « conseiller spécial » au sein de l'Intercommunale d'incendie de Liège et environs, dont il a été naguère le secrétaire général.

Voilà qui fait du directeur général de Tecteo un homme fort occupé... et pas mal rémunéré. Puisque des indemnités et des jetons de présence sont liés à l'exercice de chacun de ces mandats : quelque 1 800 euros mensuels bruts (1 200 euros nets environ) pour des fonctions exécutives ; de 165 à 170 euros bruts de jeton de présence pour une simple présence dans un conseil d'administration.

La situation, une fois de plus, crée l'embarras : comment justifier qu'un échevin, bourgmestre ff, exerce une fonction de direction dans une intercommunale, dont sa commune est membre ?

Côté syndical, on ne joue pourtant pas cette carte, dans le conflit social (cf. ci-contre), en cours chez Tecteo. Le personnel, à qui il est notamment demandé de passer de la semaine de 36 heures à 38 heures de travail hebdomadaire, sans compensation salariale, ne donne pas dans la même réserve. Il faut dire que les voitures de luxe, exhibées il y a quelques semaines par un ancien membre de la direction, n'étaient déjà pas passées inaperçues. L'attitude de Stéphane Moreau, menaçant des grévistes « J'ai une bonne mémoire visuelle, et je n'ai peur de personne ! » lors d'une assemblée, et envoyant « sa » police en déloger du site d'antenne ansois qu'ils occupaient, n'a pas aidé à réduire la tension...

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