NAMUR

Le CPAS de Namur condamné au tribunal du travail

-(photo EdA)
Un kiné des Chardonnerets a été viré en 2006. Il est aujourd'hui restauré dans son honneur par le tribunal du travail.

Paul D. a aujourd'hui 61 ans. Il a été kinésithérapeute pendant plus de trente ans, d'abord comme indépendant, ensuite comme salarié au sein du CPAS de Namur, attaché à la maison de repos et de soins Les Chardonnerets, à Jambes. Aujourd'hui, Paul D. est demandeur d'emploi. Avec peu de chances de remettre le pied à l'étrier professionnel Simplement parce que, le 26 octobre 2006, il a été licencié pour motif grave, sans indemnité ni préavis. Si l'horizon de Paul D. ne s'éclaire pas sur le plan du travail et de sa passion pour la gériatrie, il se colore néanmoins différement depuis que le tribunal du travail l'a restauré dans son honneur en condamnant les pratiques du CPAS de Namur, au fil d'un jugement sévère concluant au licenciement abusif.

Ce qui interpelle dans cet argumentaire de seize pages, c'est que le tribunal y dépasse l'examen stricto sensu des conditions de licenciement du kinésithérapeute, pour s'attacher aux conditions de gestion de l'institution à l'époque des faits. C'est celles-ci qui semblent avoir été le noeud du problème, induisant sur le plan philosophique un conflit solide entre Paul D. et la directrice des Chardonnerets : ces relations personnelles difficiles amèneront d'ailleurs le kiné devant le Service de Prévention et de Médecine du Travail (le dossier est teinté de harcèlement moral), qui tentera sans succès une médiation entre les deux parties. Paul D. avait demandé à plusieurs reprises sa mutation (ce que le tribunal du travail qualifie d'« appels au secours »), ce souhait n'étant pas rencontré par le gestionnaire, malgré plusieurs promesses verbales.

« Logiques totalement opposées »

Et le tribunal de relever : « La suite des faits va mettre en évidence l'existence de conflits, de moins en moins larvés, entre ces deux personnes aux logiques totalement opposées. Le kiné, plus âgé, n'a en vue que le bien être des résidents, ne comptant pas son temps ni son énergie pour tout ce qui peut leur apporter un « mieux » dans leur quotidien. Il suit des formations relatives aux soins gériatriques. Il va se retrouver face à une jeune directrice dont les impératifs sont d'ordre administratif et financier. Qui plus est, vu son jeune âge (NDLR elle a alors 26 ans) et son sexe, elle doit « s'imposer » dans la fonction et faire « tourner » l'entreprise, ce qui ne va pas se faire sans souci. » Cet affrontement entre deux logiques prendra des proportions alarmantes. Rapport du kiné négatif par la direction, plainte à la police de la part de la directrice, considérant certains comportements de Paul D. comme menaçants. Jusqu'à une journée cruciale du 24 octobre où, convoqué par la directrice pour se voir lire un rapport négatif sur son activité professionnelle, Paul D. préférera continuer à s'occuper d'un résident plutôt que d'obtempérer immédiatement. La goutte d'eau pour la directrice... Le secrétaire du CPAS y verra un acte grave d'insubordination, passible de licenciement pour motif grave selon le règlement de travail.

Le tribunal a une autre lecture des faits : licenciement abusif. On le lira ci-contre : le CPAS, qui sait lire un jugement, n'ira pas en appel.

Paul D. a aujourd'hui 61 ans. Il est toujours demandeur d'emploi...

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