Bruel: «C’était un fantasme de tourner avec Danièle»

Bruel: «C’était un fantasme de tourner avec Danièle»

INTERVIEW & TEASER | C’est aujourd’hui que sort dans les salles « Le code a changé », un film de Danièle Thompson dans lequel Patrick Bruel partage l’affiche aux côtés, notamment de Dany Boon, Karin Viard, Marina Foïs, Christopher Thompson et Emmanuelle Seigner.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire le film « Le code a changé » ?
Quand Danièle Thompson m’a envoyé le scénario. J’ai eu un mot qui m’est venu : enfin !
J’attends depuis très longtemps parce que j’ai eu pas mal de rendez-vous manqués avec Danièle. J’avais d’ailleurs fait les essais de la « Boum 2 » mais on avait préféré quelqu’un d’autre. J’étais très vexé vu les raisons évoquées : « On prend Pierre Cosso parce que l’autre (moi) avait dit Danièle, il est très sympa, marrant mais il ne fait pas rêver les filles!! ». Ici, quand elle m’a envoyé le scénario, j’étais vraiment content. Je me disais : de toute façon c’est oui mais j’espère que c’est bien. (rires) J’ai trouvé que c’était un joli personnage qui s’insérait dans une très belle histoire, dans un concept que je trouvais intéressant. 

Dans ce personnage d’Alain, qu’est-ce qui vous a plu ?
Sa double, voire triple facette. Ce personnage très volubile, bien intégré, très haut en couleur, sympa et marrant qui aime bien le bon vin et les blagues à deux balles. De l’autre côté, c’est un type brisé de l’intérieur parce qu’il se pose des questions sur la finalité de son rêve. Il a toujours rêvé d’être médecin, cancérologue, de soigner les gens mais il ne savait pas qu’au départ, il devait être psychologue. Il ne savait pas que ça allait être un poids aussi difficile à porter de devoir annoncer aux gens qu’ils vont mourir.
Et puis à côté de tout ça, il sent que sa femme lui échappe. Et il va devoir composer avec les trois situations. C’était agréable et très enrichissant de faire en tant qu’acteur.

Vous vous êtes glissé facilement dans la peau de ce cancérologue?
J’ai appelé mon copain cancérologue de qui Danièle s’est inspirée pour écrire le scénario et je lui ai dis que j’aimerais bien passer un petit moment avec lui pour m’immerger dans le rôle. Il m’a ouvert les portes du service oncologie de la Salpetrière à Paris, pendant deux jours. Je me suis fait tout petit en blouse blanche dans un coin de son bureau et j’ai passé avec lui les visites. Je palpais les gens, j’écoutais, je passais du temps à comprendre. Aucun patient n’a refusé ma présence. J’ai compris très vite quelles genres de relations ces médecins avaient avec leurs patients. C’était une expérience humaine très forte, très dure. 
J’ai aussi vécu un beau moment : l’annonce d’une guérison. Et c’était très comique car c’était une belle femme de 35-40 ans. Quand elle est arrivée et qu’elle m’a vu, elle en revenait pas parce qu’elle était fan. Ensuite, le docteur lui a annoncé qu’elle était guérie, elle n’y croyait pas. Et puis, il voulait me montrer de quelle manière on palpait une cicatrice sur la poitrine. Là, c’était vraiment de trop pour elle!! (rires)

Comment décririez-vous le couple que vous formez avec Marina Foïs? 
Lui, il aime fondamentalement cette femme. Elle, elle se pose des questions sur son couple. Un jour elle lui annonce qu’elle veut lui parler. Que c’est important. Dans ce cas, soit vous êtes très orgueilleux, très énervé et vous dites : « Vas-y, tu veux me dire quoi ? ». Elle dit : « C’est terminé » et elle s’en va. Soit vous êtes un peu intelligent et faites preuve de sixième sens pour essayer de contourner la discussion et l’empêcher d’aborder ce sujet à ce moment là. Oui les hommes ont parfois un sixième sens, croyez-le! Les événements vont finalement faire qu’ils ne s’en parleront pas ce soir là et que d’autres choses vont se passer.

GED

L’idée de se retrouver autour d’une table vous a séduit aussi ?
J’ai aimé cette idée de dîners à un an d'intervalle car beaucoup de choses évoluent en un an... dîners durant lesquels se croisent des personnes venant d’horizons totalement différents. Je pense qu’il y a une identification, que les gens se retrouvent dans les personnages et surtout, j’ai l’impression que le spectateur est un peu le 12ème invité de ce dîner et qu’il a le fantasme absolu - qu’on a tous - d’arriver et de savoir tout de quelqu’un. Vous, vous voyez les gens s’agiter, se débattre, se défendre et faire semblant de ceci, de cela mais en fait vous, vous savez tout.  

Est-ce que le fantasme de tourner avec Danièle, maintenant que c’est fait, est toujours présent ? 
Quand quelqu’un fantasme d’avoir une aventure avec autrui, il se rend compte qu’il ne fallait pas le faire parce qu’il a très vite envie de recommencer. Et ça, c’est dramatique mais c’est totalement le cas ici !!!
Et je suis ravi que les gens saluent ce que j’ai fait dans ce film et que Danièle le salue comme elle le fait.  Je la connais tellement bien et puis elle a tellement raconté mon histoire à travers les films qu’elle a fait que je suis sous le charme absolu de cette femme.

Le fait que ce soit une femme qui réalise, ça change quelque chose pour un acteur ?
Non. Je ne fais pas la différence. J’ai eu autant envie de séduire Claude Miller comme metteur en scène que Danièle Thompson. Il a aussi une oreille, une sensibilité. Il y a des femmes qui sont plus agressives que des hommes. Je suis surtout dirigé par la personne qui a écrit le scénario et les dialogues. J’aime quand ça sonne, que ce soit une femme ou un homme. Quand je joue au poker avec des femmes, je ne joue pas différemment que quand je joue avec des hommes.
On évoque souvent chez les hommes une sensibilité féminine par exemple comme si la sensibilité n’était que féminine. Je crois que c’est une erreur de faire la différence entre les deux si ce n’est au niveau de la force physique.
C’est peut-être le combat qu’elles ont eu à mener toute leur vie pour obtenir certaines égalités, certains droits qui les mènent à des comportements et des caractéristiques différentes mais ça c’est un autre débat.
 
C’est quoi le secret d’un dîner réussi pour vous ?

Un dîner où il se passe quelque chose. Un dîner raté, c’est un dîner où on est venu, on s’est pas dit grand-chose, il s’est pas passé grand-chose et puis on est reparti. Ces dîners là, je les laisse pas se passer. J’y arrive pas, il faut toujours que je bouscule quelqu’un ou  que je lance un sujet polémique.

GED

Etes-vous heureux en tant qu’acteur?
J’ai jamais eu de vraies mauvaises critiques en tant qu’acteur. J’ai pas toujours été salué de la meilleure manière mais j’ai toujours eu une reconnaissance entant qu’acteur. C’est sûr que, coup sur coup, « Une vie à t’attendre », le Chabrol, le Miller et maintenant le Thompson sont des rôles qui ont du poids à chaque fois donc ça donne confiance.

Vous avez d’autres projets dans le cinéma ?
Oui, le prochain film dans lequel je vais jouer devrait être celui d’un jeune réalisateur dont c’est le premier long-métrage mais je vous en dirai plus dans quelque mois.

Et la réalisation, ça ne vous tente pas ?
Si bien sûr. Mais il faut du temps pour ça. Un film, c’est deux ans le temps de l’écrire, de le construire, de le tourner, de le réaliser, de le monter. C’est très long et je n’ai pas le temps car là mon agenda est complet jusqu’en 2012 !

Et vos projets plus immédiats ?
Là, je repars sur la route avec ma guitare dès le 11 mars pour poursuivre ma tournée « Seul… ou presque ». Je serai à Bruxelles, à Forest National, les 5 et 6 juin. Et je suis en train d’écrire un album qui sortira au mois de septembre.