Héritage de coeur

Sauvés de la décharge, plus de 1400 éléments d'architecture du Vieux Bruxelles constituent une collection unique. Ces pièces Art Déco, Art Nouveau seront mises en vente au printemps.

C'est dans un très vieil entrepôt à moitié désaffecté de la capitale que dort depuis plus de trois décennies un important héritage architectural. Plus de 1400 éléments Art Déco et Art Nouveau s'entassent là, conservés en l'état d'origine. Endormis depuis plus de 30 ans, ils vont être mis en vente.

Au cours des années 70, Max Rosendor, entrepreneur de bâtiment et passionné d'architecture, démolit de nombreux immeubles bruxellois. Attaché à sa ville et à son patrimoine historique, il sauve de la décharge chaque grille, cheminée, belle pierre sculptée, porte ou vitrail intéressant à ses yeux.

Ces pièces du Vieux Bruxelles forment une collection inédite qui occupe aujourd'hui un hangar de près de 800 m2. Près de 150 portes et plus 300 balcons et grilles, colonnes, grilles de soupirail, marquises, arcades, impostes, consoles en pierre sculptée et en marbre, balustres d'escalier, cache-boulin,... sont déjà répertoriés. Pour certaines belles pièces, on cherche encore à identifier leur origine. Une grande verrière Art Nouveau, aux fleurs multicolores, a été posée à même le sol. Une merveille!

«C'est la caverne d'Ali Baba», explique Sylvain Berkowitsch. «Que d'émotions quand j'ai pris connaissance de ce dépôt».Dans la famille Berkowitsch, on est antiquaire depuis trois générations. Jamais il n'avait vu une telle concentration de pièces authentiques révélant le savoir-faire de ferronniers d'art, de maîtres verriers, de menuisiers et autres artisans des deux derniers siècles.

«J'ai moi-même récupéré il y a une vingtaine d'années des cheminées et des vitraux de cette époque. Mais jamais je n'ai imaginé qu'un tel trésor existait ici à Bruxelles», poursuit l'antiquaire de la Galerie «Au Fil du Temps».

En contact avec Alain et Diane, les enfants de Max Rosendor, il a été chargé de répertorier et classer tout ce qui peut l'être. Tout un ensemble exposé provient d'un bâtiment bien connu des historiens de l'Art Nouveau aujourd'hui démoli : la Maison jumelée Govaerts, datant de 1895. À l'époque, elle était située au 10 et 10a boulevard Bischoffsheim, à Bruxelles. On peut ainsi admirer deux splendides portes de rue dont le verre supérieur représente une goutte d'eau.

«Les connaisseurs seront étonnés par la qualité du travail et le nombre d'heures incalculables passées par les artisans d'antan à la réalisation de ces pièces uniques et authentiques. Leur savoir-faire a aujourd'hui disparu. Les prix demandés lors de la vente seront bien en deçà de la valeur réelle de ces pièces.Regardez cette grille, c'est impayable s'il fallait la refaire.»Le style viennois, l'Art Nouveau géométrique, se retrouve dans un ensemble de balcon en fer décoré de trèfles à quatre feuilles stylisés. Ici, l'art de la fonte se révèle dans une impressionnante grille de balcon ornée d'oiseaux crachant le feu, des figures sorties de la mythologie. Là, le fer forgé est à l'honneur avec un bouquet de roses si finement ouvragées qu'elles en paraissent réelles. Ou encore ces grilles Art Nouveau aux courbures végétales harmonieusement disposées.

«On souhaite rendre une destination à ces objets, les réintégrer si possible dans l'immobilier. Nous sommes dépositaires d'une partie de Bruxelles. C'est aussi un hommage au travail de notre père Max», explique Diane Rosendor qui précise que l'ASBL Arcadia guidera les visites au public.

«Admirez ces pièces du théâtre de la Monnaie. Les motifs ont été dessinés dans le métal à la scie. C'est du tout beau travail Une fois sablé et repeint, c'est nickel»,

montre Alain Rosendor lui-même entrepreneur en construction.

Des portes en bois à quatre battants, aux verres biseautés, d'autres aux verres gravés attendent une nouvelle destination. Pas toujours possible évidemment d'intégrer ces portes géantes en bois ou de ferronnerie, mesurant 3 mètres de haut, dans une maison d'aujourd'hui.

«J'ai un ami propriétaire d'un loft, il a utilisé des vitraux d'église pour séparer deux espaces, c'est magnifique».Entre arcades, impostes, portes de rue, radiateurs de grands hôtels, grilles de maisons de maîtres, rambardes de jardin ou cheminée en marbre de carrare, l'acheteur potentiel aura le choix. Pour intégrer un peu de Bruxelles chez lui.

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