Le marquis de Trazegnies rachète «son» château

Il n'avait pas dit son dernier mot. Le marquis Olivier de Trazegnies est parvenu à récupérer son château de Corroy-le-Château.

Dim anche dernier, l'abbé Ferard n'est pas le seul à avoir proclamé la Bonne Nouvelle. Le marquis Olivier de Trazegnies avait, lui aussi, sa bonne nouvelle à annoncer aux paroissiens rassemblés dans l'église du village, à l'occasion de la messe dominicale.

Debout à côté de l'autel, le marquis a annoncé sobrement, mais avec beaucoup d'émotion, qu'il restait le propriétaire du château de Corroy.

Un frisson de joie a parcouru l'assemblée et des applaudissements ont spontanément fusé. Corroy respire, une page sombre de la longue histoire du château peut se tourner. Le cap des 200 ans de présence des de Trazegnies à Corroy pourra être célébré en 2009.

Tout avait démarré avec la mise en vente publique de ce joyau du patrimoine historique médiéval. L'aboutissement d'une mésentente familiale vieille de 15 ans, entre les héritiers de feu le marquis Jean de Trazegnies. La vente avait pour but de sortir d'indivision.

Jamais vendu

En soi, le fait de mettre en vente cette demeure historique était déjà un événement exceptionnel. Corroy est l'un des rares châteaux à ne jamais avoir été mis en vente. Avant que le nom de Corroy ne résonne sous les coups de marteau d'un notaire bruxellois, la Belgique ne comptait, en effet, que sept châteaux à pouvoir jouir d'un tel privilège. Au fil des siècles, le château de Corroy était passé par succession, depuis sa construction ordonnée vers 1 270, de famille en famille, de branche en branche, pour échoir aux de Trazegnies, depuis 1809.

Et puis Corroy n'est pas n'importe quel château. Il s'agit ni plus ni moins d'une des forteresses médiévales parmi les mieux conservées d'Europe, bien que remarquablement remodelée au 18e siècle, dans l'esprit des grandes demeures classiques de l'époque.

La vente du château de Corroy a donné lieu à une incroyable saga, au dénouement imprévisible, sauf pour le marquis Olivier de Trazegnies, qui a toujours montré une volonté inébranlable de conserver ce patrimoine. Jamais, il ne s'est détourné de cette mission.

Fin juin, la première séance de vente s'était résumée à un coup d'épée dans l'eau. Lors de la deuxième séance, en septembre, le marquis de Trazegnies affichait ses ambitions, par l'intermédiaire de l'association des Demeures historiques de Belgique. La troisième et ultime séance allait pourtant contrarier ses plans : contre toute attente, l'artiste flamand Wim Delvoye emportait le château pour 3,3 millions €. Juste avant la signature définitive de l'acte, le marquis a repris la main. L'honneur est sauf.