FaceBook: une vraie drogue

Au bureau, certaines recherches sur le net sont prétexte à un passage sur FaceBook pour vérifier le compteur d'amis. (photo EdA - Jacques Duchateau)

FORUM DU JOUR | Une enquête anglaise alerte: le réseau social FaceBook est une drogue. Dédramatisons: l’assuétude à la nostalgie ne date pas d’hier. Et vous: accro à FaceBook? Donnez votre avis dans notre forum.

«Et toi, t’en as combien ?» «217 depuis hier, avec Hélène et Kévin. Tu sais, on était avec eux en première candi… Et puis bon, j’ai contacté Jessica, une ex de mon Erasmus à Barcelone.» «Ouaah, j’te bats : j’en ai 421. J’ai retrouvé Brigitte, mon institutrice de deuxième primaire, et Roland, mon entraîneur de basket. Plus Marco, un Italien que j’ai rencontré ce samedi en boîte. Trop beau.»

Mais de quoi parlent ces deux collègues de bureau ? De leurs amis sur FaceBook. Sans le savoir, ces deux collègues présentent les symptômes d’une addiction à ce réseau social. David Smallwood, psychologue dans le nord de Londres, vient en effet de déterminer que le surf continuel sur FaceBook, et particulièrement l’accumulation de «friends» offerte par la plateforme, peut conduire à une assuétude. Cette option permet de rechercher des contacts, également inscrits sur le réseau, et de les ajouter à une liste. Les requêtes peuvent aussi arriver d’autres membres, également à la chasse aux amis.

Une pizza d'amis 

Quoi ? FaceBook ? Une drogue ? Eh oui… Ceux qui se connectent toutes les demi-heures pour expliquer qu’en revenant des toilettes, ils vont manger une pizza, ou pour vérifier que leurs tronches sur les photos d’école gardienne postées par d’anciens condisciples sadiques ne leur portent pas ombrage, le savent bien. Ils en profitent à chaque fois pour «checker» leur compteur d’amis. Espérant, l’angoisse au ventre, qu’il aura grimpé. Un comportement qui relève de l’égocentrisme narcissique.

«Effectivement, quand on entend les gens frimer d’arriver à 300 ou 600 friends, on décèle un climat de compétition, rigole Pierre Thys, chercheur en psychologie à l’université de Liège. Il y a même un président de parti francophone qui se vante d’avoir atteint la limite de 5.000 amis. Le narcissisme vient aussi de la connexion avec certaines vedettes, des people auxquels on se déclare affilié. Ici à l’université, tout le monde est sur FaceBook. Et dans les couloirs, on parle plus de l’identité des contacts que de leur nombre. Je crois pour ma part que, si le réseau virtuel reflète un réseau réel, il est salutaire. Je ne vois rien de répréhensible à contacter un ami pour lui dire que la soirée de la veille était géniale. FaceBook endosse là une fonction de préservation du lien social.»

E-mails et FaceBook: une même came

Et si ce contact est continuel ? Peut-on parler de drogue ? D’addiction ? «Il faut distinguer l’addiction à l’interface de FaceBook de l’addiction au web, modère Pierre Thys. Les médias provoquent une fascination autour de ce site qui n’est finalement qu’un remake moderne d’un phénomène ancien. FaceBook est plus convivial qu’une boite mail, et plus rapide qu’un bottin de téléphone pour retrouver ses vieux copains. Il abolit les distance et le temps. Mais sérieusement, on n’a pas attendu FaceBook pour perdre son temps par e-mail, voire par téléphone. On organise même des cours pour apprendre aux gens à ne vérifier leurs mails que deux fois par jour, le matin et en début d’après-midi.»

Mais que penser alors, de ces prétendues retrouvailles avec de vieux camarades de classe que l’on ne reverra quand même pas en chair et en os ? «Indéniablement, on cherche à renouer avec le passé pour créer un fil. A nouveau, c’est du renforcement d’image de soi. On ne contacte pas la terreur de la cour de récré qui nous persécutait, mais la vieille copine de banc.» La nostalgie ne pousse donc plus à ouvrir les albums photo, mais à se connecter. C’est la nostalgie branchée.

Les femmes plus que les hommes?

Le chercheur de l’ULG se méfie par contre de catégorisation hâtive qui accuserait les femmes d’une plus grande assuétude à FaceBook que les hommes. «L’université est très masculine et tout le monde y est scotché toute la journée. Et si les femmes utilisent FaceBook autant au travail qu’à la maison, je n’y vois même pas une lutte contre la solitude. Restons prudent : FaceBook n’a pas deux ans d’existence. Nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour l’analyser. On ne sait pas si l’ado de 17 ans réussira mieux dans la vie avec un carnet d’adresse FaceBook bien étoffé. Ou si un quinqua accumule les contacts pour ne pas mourir seul».

Pour ces angoissés, sachez que JeSuisMort.com, le réseau social dédiés aux morts, existe déjà. Tout comme LeCimetière.net, dédié au particuliers…

Julien RENSONNET

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