TOURNAI

Les jardins du Mouchoir de Poche

Pour son festival d'automne, le Centre de la Marionnette a vu défiler de petites scènes de plein air. Le théâtre a pris la clé des champs.

Sur la pelouse ou dans la cour, les baladins ont installé castelets et gradins. Dès vendredi, cinq cents écoliers ont découvert deux expositions proposées par le Musée de la marionnette avant d'assister à l'un des spectacles.

Samedi et dimanche, les familles ont rejoint les espaces verts de la rue Saint-Martin. Des petites structures les attendaient, dans la radieuse lumière d'automne. Dans une astucieuse et minuscule boîte à bagages, le «Clair de Lune» offrait cinq minutes de poésie. Sept spectateurs à la fois, dans un décor de poche, ciselé et doré comme un ancien théâtre : un moment tissé d'ombres surprenantes. Au fond du jardin, la roulotte de Florian le Magnifique donnait à voir l'aventure d'un royaume perdu. Théâtre ambulant, scènes de rue, drames de papier, palissades : les artistes avaient le coeur à l'ouvrage. Le Golem Théâtre a séduit les enfants avec un univers trash : celui d'un lutin des bois, malmené au cours d'une épatante journée. Le joueur de cornemuse a donné vie à deux acrobates de bois blanc. Et dans l'atelier créatif, les pliages sont devenus silhouettes.

De l'écrin à l'écran

Ouverte depuis avril, l'exposition «La marionnette dans le film d'animation» a accueilli de très nombreux visiteurs. À l'occasion du festival, des créateurs étaient présents. Parmi eux, Thomas Boucart et Denis Glinne, professeurs à l'académie des Beaux-Arts. Au printemps dernier, quatre de leurs étudiants avaient réalisé «Présage», un film de deux minutes trente, qui fait partie de l'exposition. Différentes techniques d'animation ont été abordées avant la construction d'un scénario, la réalisation des personnages et leur mise en mouvement, image par image.

C'est avec les actuels élèves de première année «Arts numériques» que Thomas Boucart a visité l'exposition. «Ce qui les impressionne, c'est la confrontation entre la maquette, les objets et décors posés là, et la réalisation finale. Cette observation les invite à mesurer le travail qui sous-tend la création, de mieux comprendre les mécanismes de l'image. En commençant leurs études, ils pensent d'abord aux grosses productions cinématographiques, aux jeux vidéo. À nous de leur faire découvrir pas à pas le processus de réalisation de films courts et de qualité. La notion de temps, par exemple, est essentielle.»

Ce thème du temps, les créateurs invités à un débat dirigé par Francis Houtteman l'ont épinglé. Raoul Servais, Éric Blésin, Virginie Bourdin, Arnaud Demuynck, William Henne, Corentin Six, Gerlando Infuso et les deux professeurs tournaisiens ont fait leurs preuves dans cet art associé à celui de la marionnette. C'est avec passion qu'ils se sont adressés au public composé de nombreux étudiants. «Le cinéma d'animation est vraiment le cinéma du plasticien», rappelle le producteur et auteur Arnaud Demuynck. «Personne n'a le même système D pour se débrouiller. À vous de trouver le vôtre.» D'intéressantes rencontres ont eu lieu, puisque le jeune Tournaisien Corentin Six, qui expérimente sans cesse de nouvelles techniques pour donner vie à ses figurines articulées, sera prochainement associé à des réalisations professionnelles.