Toutes les facettes de la musique de Michel Herr

(Jos knaepen)
(Jos knaepen)-
Son nom traverse le jazz belge depuis les années 70 : il sort un double CD avec le «Brussels Jazz Orchestra» qui révèle une de ses priorités : la composition.

Pianiste-compositeur-arrangeur et pourtant présenté comme un autodidacte, c'est une des particularités de Michel Herr : «J'ai eu quelques cours particuliers de piano en primaire, le reste est venu par l'écoute assidue de musique classique d'abord, puis j'ai découvert le jazz à quinze ans en écoutant les maîtres, en suivant aussi quelques stages en Allemagne ou en Suisse. Quand je suis allé un semestre à la Berklee School of Music de Boston, j'étais déjà professionnel, j'avais déjà enregistré et j'accompagnais les Américains de passage. Alors oui, on peut dire que je suis autodidacte à 90 %.» Bien que son dernier album personnel date d'il y a dix ans, Michel Herr reste dans les esprits comme une figure majeure du jazz belge : «J'ai été présent à des moments clés : par exemple j'ai tourné pendant plus de quinze ans avec Toots Thielemans, il y a eu l'Act Big Band et mes participations à des groupes de leaders comme Phil Abraham ou Fabrice Alleman...» Modeste en plus, le pianiste ne mentionne pas des albums personnels comme Intuitions ou Notes of Life qui font partie des références du jazz belge, voire européen, ou encore la musique du film Just Friendsde Marc-Henri Wajnberg.

Alors, ce double album tombe à pic pour se rappeler qu'il fait partie des rares compositeurs belges capables de proposer un double album pour grand orchestre .

«J'ai décidé de recentrer l'attention sur un des aspects de mon écriture, celle pour big band. J'ai repris de l'ancien matériel que j'ai retravaillé en fonction du Brussels Jazz Orchestra et j'ai écrit de nouvelles pièces pour l'orchestre.»

Et puis est venu le studio : «Avec un orchestre d'un si haut niveau, tout a bien fonctionné, mais j'ai tout de même décidé de ne pas m'asseoir au piano : il fallait me concentrer sur l'orchestre pour optimiser les prises, ne pas laisser passer des détails de justesse, de mise en place, de tempo, et pour cela il fallait prendre du recul, être devant l'orchestre et non dedans...»

Dans le répertoire de l'album, on retrouve toutes les facettes de Michel Herr : «Je reste attaché au swing de la tradition américaine, mais on sent aussi mon bagage classique; j'ai intégré un certain nombre de choses harmoniquement qui font qu'il y a des moments plus intimistes, plus recherchés, il y a des pièces plus ouvertes avec une partie improvisée, ou plus classiques mais en conservant toujours la liberté des solistes.»

Témoignage majeur du travail de compositeur et d'arrangeur d'un des piliers du jazz belge, ce double album, par sa densité et sa griffe stylistique originale, se situe dès sa sortie parmi les oeuvres clés du jazz européen.

Michel Herr/Brussels Jazz Orchestra, album «The Music of Michel Herr», W.E.R.F.

Suivez notre page Culture sur Facebook