L'animation, c’est «cro d’la balle»: Anima pour petits et grands en 12 bandes-annonces - 08/02/2018 20:19:00

CINÉMA / Ixelles -

Anima revient peupler les vacances de vos enfants de bestioles, sirènes, tsars et Cro-Magnon. Mais le rendez-vous de l’animation de Flagey hantera aussi vos nuits de créatures horrifiques, contes sociaux ou rêveries dystopiques. Notre sélection en 12 bandes-annonces.



 

+ Soirées spéciales, programmes de courts, conférences, focus sur l’Estonie, hommage à Picha, Nuit Animée, concerts, séance Saint-Valentin...: en plus des projections traditionnelles, le programme d’Anima fourmille d’événements. Découvrez toute la programmation, gargantuesque, sur le site du festival

+ Anima, du 9 au 18 février 2018 à Flagey. Tickets: 8/7€, 28€/5 séances, 70€ passeport. De nombreuses séances sont complètes à l’avance: n’oubliez pas de réserver

 

OUVERTURE

 

 

Une enfance afghane

 

Le film d’ouverture reste toujours un grand moment dans un festival. Il l’est d’autant plus pour l’édition 2018 d’Anima car «The Breadwinner» questionne l’actualité tout en alignant des références incontournables dans l’histoire récente de l’animation. L’histoire se plante à Kaboul où le père de Parvana, 11 ans, se fait arrêter par les Talibans. La vie se complique diablement pour la fillette puisque les femmes ne sont pas autorisées à sortir. Comment vivre? La jeune afghane aux yeux verts (en plus du roman «Parvana», l’inspiration du film vient-elle de la photo?) trouvera la parade en se déguisant en garçon. Si le style tout en rondeurs délicates et arabesques 2D vous rappelle quelque chose, c’est que vous avez vu «Le Chant de la Mer» ou «Le Secret de Kells», les deux précédentes pépites de Nora Twomey. La réalisatrice irlandaise à l’esthétique «spirographique» s’offre ici un nouveau destin d’enfant dont l’engagement féministe et social est mis à portée des jeunes ados.

+ «The Breadwinner», 10+, vendredi 09/02 à 20h, dimanche 11/02 à 19h30

POUR LES TOUT PETITS

 

 

Le zoo d’Ixelles

 

Le Nuage et la baleine / The Cloud and the Whale from Folimage on Vimeo.

 

C’est le point fort d’Anima: il ne se contente pas de dérouler le tapis rouge aux grosses boîtes de production et aux studios stars, mais réserve aussi ses créneaux aux courts-métrages et aux indés. Ça tombe bien: le format très court convient à merveille aux plus jeunes. Plutôt que de les emmener au zoo, offrez leur donc un voyage virtuel dans la savane, dans la forêt, à la plage ou dans les cieux. Le programme de courts «Bande de zozos» propose pour ça la programmation idéale avec toute une clique de velus, écailleux, grouillants et emplumés. De ces 9 pépites animalières au rythme lent qui laisse le temps d’observer, aucun ne dépasse les 7 minutes. Et ils sont tous muets. De quoi rester bouche bée.

+ «Bande de zozos», 3+, mardi 13/02 à 10h, jeudi 15/02 à 15h45

 

Haute voltige

 

Mireille l’abeille, Siméon le papillon, Marie la fourmi, Loulou le pou, Léon le bourdon et Carole la luciole sont des stars des livres pour enfants. Cette ménagerie mignone mais néanmoins grouillante, due aux pinceaux de l’illustrateur français Antoon Krings (né à Fourmies, ça ne s’invente pas!), fait ses débuts au cinéma dans «Drôles de Petites Bêtes», inédit chez nous. Le pitch enverra Mireille l’abeille dans une enquête pour démêler le vrai du faux: Apollon le grillon a-t-il vraiment fomenté le kidnapping de la reine Marguerite? De l’animation de haute voltige qui piquera... l’intérêt des moustiques.

+ «Drôles de Petites Bêtes», 4+, mardi 13/02 à 15h45, samedi 17/02 à 13h45

 

Ombres chinoises au pays des tsars

 

Michel Ocelot n’a plus besoin d’être présenté. Devenu star grand public en 1998 avec Kirikou, le Français fait depuis planer son ombre sur l’animation enfantine mondiale. Ce féru de 2D à l’ancienne a progressivement affirmé son style tout en clair-obscur où ses personnages semblent des marionnettes de papier éclairées à travers ses arrière-plans de papiers peints. C’est ainsi qu’après «Princes et Princesses» , «Azur et Asmar» et «Les Contes de la Nuit», l’inédit «Ivan Tsarevitch et la Princesse changeante» renoue avec cette technique d’ombres chinoises pour une mise en abîme de plusieurs contes traditionnels.

+ «Ivan Tsarevitch et la Princesse changeante», 5+, dimanche 11/02 à 13h45, samedi 17/02 à 15h45

 

L’homme de cro-ballon

 

Que serait Anima sans la livrée bisannuelle des studios Aardman? Nick Park, créateur de Shaun le Mouton et Wallace et Gromitt, revient à Bruxelles avec «Cro Man» (qui déboule aussi dans toutes les salles du pays). Il s’agit cette fois d’un retour vers le passé, son second après le saut dans le temps de «Pirates» (2012). Et on remonte bien plus loin puisque l’humour déjanté et situationniste des Anglais nous ramène à l’âge de pierre. Ou du bronze. Voire même au match (de foot) entre les deux. Doug l’homme des cavernes y aura fort à faire pour préserver sa civilisation taillée au silex des hordes équipées de boucliers métalliques high-tech. Un clash aussi douloureux qu’un tacle dans le petit rectangle.

+ «Cro Man», 6+, dimanche 11/02 à 15h45, dimanche 18/02 à 13h45, dimanche 18/02 à 16h (VOstFr)

 

La petite sirène

 

Voilà l’annuel film d’ado japonais où un jeune cherche l’amitié. La trouvera-t-il encore une fois? Ce jeune, c’est Kai. Il vit seul avec son grand-père dans un village de pêcheurs isolé. L’amitié qu’il recherche prend la forme verte, mauve et gluante de Lu. Pas de bol, la gamine aux sourires XXL et à la candeur digne de Ponyo est... une sirène. Et sur la petite plage pétrie de superstitions où Kai fait drôlement chuter la moyenne d’âge, les séductrices venues des flots ne sont pas particulièrement bienvenues. D’où une série de péripéties toutes plus loufoques les unes que les autres, dans un monde aux petits airs burlesques si typiques du Soleil levant. Le tout, assaisonné des références aux esprits de la tradition nippone, et des sirupeuses ballades de J-pop qu’on s’est habitués à entendre dans ces productions grand public.

+ «Lu over the Wall», 7+, mercredi 14/02 à 13h45, jeudi 15/02 à 21h30

 

Béton armé

 

Les longs d’animation belges, ce n’est pas si courant. Les longs de SF belges, pas plus. On se réjouit donc de voir «ZOOks» prendre racine à Anima. Ce film inédit de Dimitri et Kristoff Leue dessine une dystopie où la nature est considérée comme l’ennemie de l’homme («Nausicaa» de Miyazaki n’est pas loin dans le principe). Mais la maman de Robin disparaît et voilà le gamin forcé d’explorer les futaies et bosquets de la forêt interdite («Nausicaa» es-tu là?) On placerait cette anticipation à la belge entre les multiples fables écologiques d’animation, le surréalisme politique bien de chez nous à la «Strip-Tease» et l’art tout en rotoscopie d’un «Valse avec Bashir». Attention, la seule séance est en VO néerlandophone sous-titrée en anglais.

+ «Zooks», 8+, samedi 10/02 à 17h45 (néerlandais st anglais)

POUR LES GRANDS

 

 

Pantoufle de verre

 

C’est dans un Naples décadent de rouille et d’os que «La Gata Cenerentola» transbahute sa version futuriste de Cendrillon. La jolie petite famille des marâtre et belles-sœurs y vit à l’ombre d’un paquebot concentrant toutes leurs convoitises, et exploité par des mafieux carnassiers dignes de «Gomorra». Le film est noir. Il a remporté le prix du meilleur film d’animation italien malgré un budget dérisoire de 800.000€. Vous y verrez une Cendrillon casquée d’écouteurs, mais loin d’être sourde aux signes du destin.

+ «La Gata Cenerentola», 12+, lundi 12/02 à 21h30, Mardi 13/02 à 18h (italien sous-titré)

 

L’Amérique qui coule

 

Bon. On va pas vous refaire le coup de «l’Amérique des laissés pour compte» post-Trump. Ou bien si? En tout cas, l’idée de «Where it Floods» nous fait furieusement songer au naufrage qui attend les USA si leur perruquier en chef ne modère pas ses certitudes. On plonge dans le Midwest, cette région blanche dont on dit qu’elle a élu le milliardaire. Là-bas, sur les terres agricoles inondées, surnagent Calvin, Patty et leur fils Kenny alors que tout le monde a déserté le patelin. S’il est dystopique, on espère que ce film indé à l’esthétique de papier crayonné, hommage doux-amer aux rednecks vivant quelque part entre les deux côtes, ne deviendra pas prophétique.

+ «Where it Floods», 16+, samedi 17/02 à 19h45 (VOstFR)

 

Wall-E en sous-sol

 

Le syncrétisme semble à l’œuvre dans les influences qui parsèment «Junk Head». Anima présente ce film d’anticipation japonais comme «une incroyable prouesse technique» et «un OVNI en stop motion». On y voit des soldats qui font songer à des GIJoe’s animés dans un décor de carton, des ectoplasmes de plasticine, des mécaniques de chantier à la «Wall-E», un robot entre «Star Wars» et les humanoïdes japonais de dernière génération, des chimères sanguinolentes sorties d’«Alien» et des décors postindustriels glauques empruntés à «Final Fantasy VII». C’est suffisant pour attiser la curiosité alors que le pitch en remet une dose: un robot doit ramener des infos d’un sous-sol post-apocalyptique. L’enjeu: rien moins que la survie humaine.

+ Vendredi 16/02 à 21h30

 

Il ira à baston

 

«Lastman», c’est la déclinaison la plus aboutie aujourd’hui de l’esthétique manga dans la BD européenne. Des œuvres de Bastien Vivès, cette série en 10 tomes a convaincu aussi bien la critique que le public avec plus de 150.000 exemplaires vendus en français. Convoquant Dragon Ball et Street Fighter, la série a été adaptée en animation. Ses 26 épisodes seront diffusés pour la toute première fois sur grand écran chez nous pour une séance de binge watching qui tabasse. Durée: 26X13 minutes, soit plus de 5h de baston.

+ «Lastman, la totale», 16+, samedi 10/02 à 19h45, prix unique 15€, fin prévue à 3h du mat

CLÔTURE

 

Matin calme

Juste avant le palmarès 2018, Anima fait pleuvoir les couleurs et textures poétiques sur Flagey avec «L’Averse». Cette production coréenne adapte la nouvelle éponyme de Hwang Sun-Won, «considérée comme un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature coréenne». Alors que le texte fait la joie (ou pas) des écoliers du Matin Calme, ceux qui n’ont jamais entendu parler de son auteur accepteront avec joie cette séance de rattrapage culturelle. L’histoire est celle d’un amour adolescent qui naît dans une campagne «totalement magnifiée grâce à l’incroyable palette de couleurs, à la finesse et à la subtilité de l’animation des décors naturels».

+ «L’Averse», 12+, dimanche 18 février à 19h30

 

Un vent estonien sur Anima

Plus de 300 courts et longs métrages ont été retenus pour cette 37e édition d’Anima. Au total, 325 réalisations issues de 42 pays ont été sélectionnées parmi les 1.659 films visionnés. Un grand nombre d’entre elles seront présentées dans les compétitions nationale et internationale.

Tout au long du festival, une attention particulière sera accordée à l’Estonie dans le cadre du centenaire de son indépendance. Anima accueillera ainsi notamment une rétrospective spécifique «illustrant l’abondante créativité d’un tout petit pays qui a développé un grand savoir-faire» dans le domaine de l’animation, annoncent les organisateurs, pointant notamment les œuvres de Priit Pärn, pointure estonienne.

En parallèle aux séances de courts et longs métrages, un large panel de conférences se dérouleront dans le cadre des journées professionnelles Futuranima. Le réalisateur néerlandais Michael Dudok de Wit ( «La Tortue rouge») animera notamment une master class autour de la créativité intuitive. Le Français Michel Ocelot, à l’origine de «Kirikou», présentera quant à lui son futur long-métrage «Dilili à Paris».

L’œuvre du Belge Picha sera mise à l’honneur à l’occasion des 50 ans de l’aide à la création cinématographique en Fédération Wallonie-Bruxelles. Des focus seront consacrés à la Canadienne Janet Perlman et au Français d’adoption Peter Földes.

Une première exceptionnelle du documentaire de Fabrice du Welz consacré au cinéma de Vincent Patar et Stéphane Aubier figure aussi au programme, de même qu’une exposition en rapport avec le long-métrage «Loving Vincent».

(Belga)

 

Sélection : Julien RENSONNET (L'AVENIR)