Windows, Mac OS, Android : des logiciels malveillants, tranche le pape du logiciel libre - 26/05/2015

Institutionnalisés par les plus grands, les « malwares » gouvernent notre vie numérique et bafouent nos droits, estime Richard Stallman, le père du système d’exploitation libre GNU.



De Microsoft à Apple, les éditeurs de logiciels, d’applications et de systèmes d’exploitation osent-ils plus souvent qu’à leur tour nous inoculer de hautes doses de « malwares » ?

Lointain cousin du virus, le « malware » désigne un programme malveillant appelé à nuire à son infortuné utilisateur.

Pire, le « malware » se drape dans la cape de bonne conscience tissée par son concepteur, qui se retranche derrière le Contrat de Licence Utilisateur Final et les indigestes conditions d’utilisation que personne ne consulte pour ne faire avaler la pilule.

Le livre numérique ? Impossible à prêter !

Un exemple concret ? Le logiciel de votre liseuse électronique et de votre liseuse Kindle d’Amazon vous interdit de partager vos livres numériques avec vos amis, tout prenant bien soin d’administrer une « backdoor » (porte de derrière) pour effacer certains fichiers à votre insu.

Bref, c’est comme si votre libraire héritait secrètement d’une clé de votre maison pour récupérer en douce les bouquins dont vous auriez subitement perdu les droits pour d’obscures raisons.

Espèce rare dans les années 80, le « malware » est aujourd’hui entré dans la norme, fustige le pape du logiciel libre Richard Stallman.

Dans une tribune publiée sur le site du quotidien britannique The Guardian, le père du système d’exploitation libre GNU tire à boulets rouges sur cette grande famille institutionnalisée.

Pêle-mêle, les logiciels malveillants d’aujourd’hui espionnent et entravent l’utilisateur, tout en se réservant une « backdoor » pour nuire à distance, estime ce grande gueule devant l’éternel.

Pas de quartier, les plus grands acteurs du secteur sont dans la ligne de mire de Richard Stallman.

Windows trop proche de la NSA

« Quels types de programmes constituent des malwares ? Avant tout, les systèmes d’exploitation », tranche l’expert.

Microsoft en prend illico pour son grade.

« Windows espionne et met des bâtons dans les roues de ses utilisateurs et, sur mobile, censure les applications. Il contient aussi une porte de derrière universelle qui permet à Microsoft d’imposer à distance des changements logiciels. Microsoft sabote les utilisateurs de Windows en dévoilant d’abord les failles de sécurité à la NSA avant de les réparer. »

L’analyse est tout aussi sévère pour la « pomme » et Android de Google.

« Les systèmes Apple sont aussi des malwares : Mac OS espionne et entrave ; iOS espionne, entrave, censure les applications et dispose d’une backdoor. Même Android contient un malware dans un composant non-libre : une porte de derrière pour forcer à distance l’installation ou la désinstallation de n’importe quelle application. »

Netflix, ce petit curieux

Les sacro-saintes « apps » ne sont pas plus épargnées.

« Les applications des services de streaming ont tendance à être les pires, puisqu’elles sont conçues pour empêcher les utilisateurs d’enregistrer une copie des données qu’elles reçoivent, tout comme elles les obligent à s’identifier pour traquer leurs habitudes d’écoute et de visionnage. »

Le raisonnement est implacable. Sur votre smartphone et votre tablette, l’application Netflix archive et analyse les données sur les films et les séries que vous visionnez. Pour votre confort, ose argumenter la plate-forme de streaming. Mais aussi et surtout pour alimenter son trésor de guerre, sa base de données nourrie des informations personnelles de ses millions d’utilisateurs d’hier et aujourd’hui.

La nécessité de la résistance

Pour lutter contre cette dictature du « malware » institutionnel digne du « 1984 » d’Orwell, le chantre du logiciel libre Richard Stallman envisage trois pistes.

« Nous pouvons résister :

Individuellement, en rejetant les logiciels propriétaires et les services Web qui espionnent ou traquent.

Collectivement, en s’organisant pour développer des systèmes de remplacement et des services Web libres/gratuits qui ne traquent pas ceux qui les utilisent.

Démocratiquement, en légiférant pour criminaliser les différentes pratiques du malware. »

 

 

Georges Lekeu (L'Avenir)