Café, petits pots pour bébé, jus de fruits… ont tous un ingrédient mystère en commun: le furane. Cette petite molécule se forme naturellement lors du processus de cuisson ou de stérilisation de nourriture. N’étant pas un additif, elle échappe donc à la liste des ingrédients… et à la vigilance de monsieur et madame Tout-le-monde!

« De manière générale, les aliments cuits contiennent de fortes doses de furane. Ce qui est emballé avant ou juste après avoir été chauffé présente le plus haut niveau de ce contaminant », précise Georges Scholl, assistant au Centre de recherche analytique et technologique (CART). «On le retrouve plus présent qu’avant, car l’alimentation industrielle a tendance à enfermer les aliments, dès le début de la préparation, par crainte de contamination microbiologique. »

Suite au scandale de l’acrylamide au début des années 2000, les autorités sanitaires ont demandé plus de précisions sur ce contaminant, classé «probablement cancérigène » par l’OMS.

Le SPF Santé publique a financé les recherches de l’ULg pour évaluer le risque lié à l’ingestion de furane par la population belge. 500 échantillons de produits alimentaires vendus en Belgique ont été passés au scanner…

Café et petits pots,les champions

Les résultats révèlent que les champions en furane sont le café, pour les adultes, et les petits pots de panades, pour les bébés. Le furane provient d’un cocktail de trois substances: «De la vitamine C, des lipides et du sucre, dans les bonnes proportions », détaille le chercheur. «Les produits contenant de la carotte sont particulièrement touchés! » Sont surtout concernés les jus de fruits en carton ou en bouteille, les capsules de café, les compotes… Soit, des produits couramment consommés.

Le niveau d’exposition au furane est-il pour autant alarmant? Celui-ci est légèrement plus élevé que le niveau d’exposition moyen européen. Mais il n’y aurait pas de quoi s’alarmer. «En Belgique, on consomme deux fois plus d’aliments cuisinés maison que préparés industriellement », explique Georges Scholl. Et selon, le Kind en Gezin (équivalent flamand de l’ONE), les parents ont recours aux petits pots industriels pour un repas sur trois seulement. «Ceux-ci sont nettement plus consommés en France. »

«En ce qui concerne le café, les fabricants ont opté pour un changement dans le processus de torréfaction, en faisant tourner le café moulu dans de gros tambour, pour l’aérer. »

Et pour les autres produits, « il reste difficile d’agir au niveau des industries, qui ne peuvent mettre les aliments en contact avec l’air. Un mal pour un bien! »

Comment diminuerle risque ?

Plus important dans les aliments industriels, le niveau de furane peut diminuer en appliquant des précautions relativement simples. «Comme bien agiter l’aliment ou le réchauffer à la casserole plutôt qu’au four à micro-ondes, car le furane est un composé très volatil », conseille le chercheur, dont l’objectif de la thèse est avant tout de mettre le public en garde et de livrer des recommandations. «Il faut rester prudent et surveiller l’évolution des aliments. Nous manquons encore de connaissances sur la façon dont le nourrisson ingère et rejette le furane. » Les risques ne sont donc pas à écarter.