Proche de l’embouchure du Tibre, Ostia Antica est le troisième site archéologique italien en terme de visites derrière le Colisée et Pompéi.

C’est une cité «qui a toujours été très ouverte et très dynamique», souligne Paola Germoni, la directrice du site.

«Ce qui est original, c’est qu’au même endroit se côtoient des sépultures de rites différents: des crémations et des inhumations», explique-t-elle, précisant la nécropole mise à jour «concerne une seule famille, au sens romain du terme, soit très élargie».

Pour l’archéologue romaine, cela signifie donc que «même à l’intérieur d’une même famille, la façon d’entrer dans l’au-delà différait».

Sur le site de fouilles d’une superficie de 15.000 m2, on peut voir un squelette entier inhumé et à quelques centimètres, des urnes contenant des cendres: en tout une dizaine de sépultures.

«C’est quelque chose qui me plaît beaucoup, parce que cela dénote une totale liberté dans la décision de chacun de faire ce qu’il veut de son propre corps, une liberté que les hommes n’auront plus à l’ère chrétienne durant laquelle seule l’inhumation prévaut», estime Mme Germoni.

Débouché sur la mer

Aux côtés de quelques-unes des sépultures, des inscriptions conservées sur des lamelles de plomb vouent aux gémonies les profanateurs de tombes.

D’après les textes anciens, Ostie a été fondée par Ancus Marcius, le quatrième roi de Rome, avec un triple objectif: donner à l’Urbs un débouché sur la mer, assurer son ravitaillement en blé et en sel et empêcher une flotte ennemie de remonter le Tibre.

Ces fouilles, qui ont également permis la découverte d’une domus de l’Antiquité tardive appartenant à une famille aristocratique et son magnifique pavement de marbre polychrome, ont débuté en 2012.

Près de l’antique voie romaine reliant Ostie à Rome, une trentaine d’étudiants, recrutés par l’American Institute for Roman Culture, s’affairent sous les cyprès.

Venus des États-Unis, du Canada ou de Suisse, ils passent un mois à Rome pour participer aux fouilles dans le cadre de leurs études.

Ils ont pu découvrir ici «le travail de restauration mais également une approche plus d’anthropologue avec des fouilles sur des tombes, avec des découvertes d’os…», explique à l’AFP Darius Arya, l’archéologue américain à la tête de cette association très active à Rome.

Parmi ces jeunes passionnés, Michal Ann Morrison, venue d’Austin (Texas), qui termine ses études en histoire des religions.

«Je travaille en tant que stagiaire préposée aux objets anciens. C’est un poste fascinant car cela me permet de toucher les pièces antiques que l’équipe a mis a jour», affirme à l’AFP l’étudiante de 24 ans en montrant différents objets: pièces, morceaux de dagues, d’amphores…

«Très excitant»

Pour la jeune femme, «c’est vraiment très excitant d’être confrontée de façon tangible à des objets du passé».

Selon Michele Raddi, l’archéologue italien en charge des fouilles, la découverte de cette nécropole dite du Parc des Ravennati, à quelques pas d’un château érigé par le pape Jules II, «nous amène à nous questionner sur les raisons d’un tel agencement autour de ce monument datant de la période de la République romaine mais utilisé jusqu’aux temps de l’Antiquité tardive».

Cette découverte s’ajoute à celle, récente et faite par une équipe italo-anglaise, d’un quartier entier de l’ancien port de Rome, datant du Ier siècle avant JC et situé au-delà du Tibre.

Ce site, comprenant des tours, des entrepôts ainsi que des murailles et dont les contours sont visibles en avion, est d’une superficie telle que la taille d’Ostia Antica (85 hectares) dépasserait celle de Pompéi (66 ha), selon la Surintendance des Biens archéologiques de Rome.