Lors d’un appel téléphonique de 90 minutes, le président américain a affirmé à M. Poutine qu’il avait violé la loi internationale en déployant des troupes russes en Ukraine, et l’a exhorté à discuter pacifiquement avec les autorités de Kiev de ses inquiétudes sur le traitement des russophones dans le pays, a indiqué la Maison Blanche dans un communiqué.

Les mouvements de troupes russes constituent une «claire violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, ce qui est une infraction à la loi internationale, dont les obligations de la Russie au terme de la charte de l’ONU», a déclaré M. Obama à M. Poutine, selon la présidence américaine. «Les États-Unis condamnent l’intervention russe en territoire ukrainien».

En outre, «les États-Unis appellent la Russie à faire baisser les tensions en repliant ses forces dans leurs bases de Crimée et à s’abstenir de toute interférence ailleurs en Ukraine».

«La poursuite de la violation de la loi internationale par la Russie mènera à un plus grand isolement politique et économique», a prévenu la présidence américaine.

Un entretien « franc et direct »

Un haut responsable américain s’exprimant sous couvert de l’anonymat a affirmé à l’AFP que l’entretien entre M. Obama et Poutine avait été «franc et direct».

Le Kremlin, rendant compte de la même conversation, a souligné pour sa part que M. Poutine avait déclaré à son homologue américain que la Russie se donnait le droit de «protéger ses intérêts et les populations russophones» en cas de «violences» dans l’est de l’Ukraine et en Crimée.

M. Poutine a évoqué «la vraie menace pesant sur les vies et la santé des citoyens russes sur le territoire d’Ukraine», ainsi que «les actions criminelles des ultranationalistes soutenus par les actuelles autorités à Kiev», selon la même source.

Plus tôt samedi, l’équipe de sécurité nationale américaine s’est réunie à la Maison Blanche pour examiner les options politiques sur la table pour résoudre la crise en Ukraine. M. Obama n’a pas participé à la réunion mais a été tenu au courant par sa conseillère de sécurité nationale Susan Rice, selon un responsable de l’exécutif.

Consultations avec Hollande et Harper

Cette réunion a été annoncée après que le recours à l’armée russe en Ukraine eut été approuvé samedi à l’unanimité par le Conseil de la Fédération à Moscou, à la suite d’une demande en ce sens de M. Poutine.

Après l’entretien entre M. Obama et Poutine, le premier en huit jours, Washington a indiqué «reconnaître les liens historiques et culturels solides entre la Russie et l’Ukraine, et la nécessité de protéger les droits des russophones et des minorités» dans ce pays.

De même source, «le président Obama a dit au président Poutine que si la Russie avait des inquiétudes au sujet du traitement des russophones et des minorités en Ukraine, la façon appropriée de les traiter était de s’adresser directement au gouvernement ukrainien».

Le président américain «a dit clairement que la poursuite des violations de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine par la Russie aurait des conséquences négatives sur la place de la Russie au sein de la communauté internationale», a précisé la Maison Blanche.

Des actions qui menacent la paix et la sécurité

À l’occasion d’une réunion d’urgence samedi à New York du Conseil de sécurité, où Moscou jouit d’un droit de veto, l’ambassadrice américaine Samantha Power a lancé qu’il était «temps pour la Russie de mettre fin à son intervention» en Ukraine, et dénoncé des actions qui «violent la souveraineté de l’Ukraine et menacent la paix et la sécurité».

Le ministre américain de la Défense Chuck Hagel a lui aussi parlé au téléphone samedi avec son homologue russe, Sergueï Choïgou.

M. Hagel lui a dit que «sans changement sur le terrain, la Russie risque davantage d’instabilité dans la région, un isolement dans la communauté internationale et une escalade qui menacerait la sécurité de l’Europe et du monde», selon un porte-parole du Pentagone.

D’après la Maison Blanche, «les États-Unis vont suspendre leur participation aux rencontres préparatoires du sommet du G8», prévu en juin à Sotchi en Russie, confirmation d’une éventualité de représailles évoquée dès vendredi par un haut responsable à Washington.

M. Obama s’est aussi entretenu séparément avec deux proches alliés, son homologue français François Hollande et le Premier ministre canadien Stephen Harper.

Les dirigeants ont exprimé leur «grave inquiétude» au sujet de l’intervention russe en Ukraine, et «se sont mis d’accord sur le fait que la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine devaient être respectées», a dit la Maison Blanche.