Au départ, le projet visait l’ «Euregio Meuse-Rhin» : comment la zone qui regroupe les provinces de Liège et des Limbourg belge et néerlandais, la région d’Aix-la-Chapelle et la Communauté germanophone a-t-elle vécu le déclenchement et le déroulement du premier conflit mondial. À l’arrivée, au terme de trois ans de pérégrinations des deux auteurs, Daniel Conraads et Dominique Nahoé à travers toute la Wallonie, c’est devenu un livre, édité par l’Institut du Patrimoine wallon, qui narre les faits, et détaille les traces de la guerre 14-18 dans notre paysage.

1. Histoires inédites?

Pas de récits inédits dans l’ouvrage, «puisque par définition, nous en avons trouvé des traces», explique Daniel Conraads. «Mais des histoires très rares, parfois tombées dans l’oubli sur le plan local, comme celle des “ Anges de Mons ”, qu’on n’avait plus évoquée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale». Des histoires recueillies comme journalistes ou comme historiens? «Avec notre pratique journalistique, particulièrement le recoupement des informations, la critique des sources, et la vérification sur le terrain. Mais il y a des ponts entre la méthode du journaliste et celle de l’historien. Et nous avons reçu l’éclairage de plusieurs historiens, dont Francis Balace qui nous a donné un texte inédit sur la relation entre la province de Liège et l’Allemagne avant 1914», complète Dominique Nahoé.

2. Une mémoire vivante?

«Dans les villes martyres wallonnes, celle qui me paraît consacrer le plus de temps au souvenir du “ week-end de l’horreur ”, c’est Tamines. Et puis il y a en Gaume, la reconstitution “ Sur les pas de la mémoire ”, à l’initiative d’une association très dynamique, qui a surtout voulu moderniser et dynamiser les cérémonies commémoratives» analyse Daniel Conraads. «Pas une mémoire vivante pour les jeunes, ou pas encore : les animations qui se dérouleront peut-être dans les écoles, à travers le raz-de-marée médiatique attendu l’an prochain, pourraient susciter un nouvel intérêt pour la Première Guerre mondiale. La Gaume, Tamines et Comines-Warneton sont de brillantes exceptions», confirme Dominique Nahoé.

3. Des découvertes surprenantes?

Sur les hauteurs de Neufchâteau, à Nolainfaing, une espèce de sanctuaire celtique… «d’autel barbare, entouré de douze tilleuls», mentionnent les deux auteurs : le dernier vestige d’un monument allemand, au centre d’un cimetière militaire déclassé après le rapatriement des dépouilles durant l’Entre-deux-Guerres. Le cimetière britannique de Saint-Symphorien (Mons). Et puis le Spartiate inachevé d’Écaussinnes, «sculpté durant toute la durée de la guerre par un militaire allemand, qui enseignait la sculpture à l’Académie de Berlin» . Destiné au champ de bataille de l’Yser, après une victoire allemande qui n’est jamais venue, relégué dans une des carrières des environs, il a été ramené au centre d’Écaussinnes il y a quelques années à peine.

Et puis il y a tout «ce que j’ai appris sur l’intensité des combats en Gaume, que je ne connaissais absolument pas», complète Daniel Conraads. Sans compter la «course contre l’oubli», le semi-marathon organisé chaque 11 novembre dans la région de Ploegsteert. Où la mémoire de la Grande Guerre, manifestement, est restée très vivace…

«Sur les traces de 14-18 en Wallonie», 345 p., 45 €, IPW, rue du Lombard, 79, 5000 Namur