Les Kanaks sont les populations autochtones de Nouvelle-Calédonie, archipel situé en Océanie. C’est à la fin du XVIIIe siècle que ces îles sont découvertes avant de devenir colonie française en 1853. Actuellement, la population kanake est minoritaire. Les Calédoniens sont en majorité des descendants de colons ou de bagnards (un bagne, entre autres politiques, y avait été ouvert) français. Mais c’est bien des Kanaks que sont venues les revendications indépendantistes dans les années 1980. La prise d’otage d’Ouvéa en 1988 conduira à la négociation et à la signature des accords de Matignon en juin 1988. Ce sont ces accords qui prévoient le prochain référendum sur l’indépendance.

Rien de neutre dès lors dans l’organisation de cette exposition qui est double. D’un côté, elle tente de mieux faire comprendre au monde occidental cette société kanake. Une société basée sur l’oralité. C’est en effet la parole qui crée les mythes et la coutume que l’on appellerait chez nous «rituel » est totalement verbale et encore très importante dans la vie sociale kanake.

Des objets spectaculaires

Pour faire comprendre un concept culturel aussi éloigné des nôtres, les commissaires de l’exposition ont pu s’appuyer sur les recherches menées depuis une trentaine d’années sur le sujet. Ainsi, quelque 300 œuvres et documents exceptionnels provenant de nombreux musées mais aussi naturellement de Nouvelle-Calédonie ont été rassemblés. Et on peut admirer au Musée du quai Branly des pièces inédites et spectaculaires du monde de l’art kanak : chambranles sculptés des «grandes maisons», haches ostensoirs de jade, sculptures faîtières, statuettes, ornements, etc. L’exposition s’appuie aussi sur l’importante collecte du patrimoine kanak immatériel menée depuis une dizaine d’années.

Mais l’exposition, plutôt spectaculaire montre aussi le monde kanak vu par le regard de l’autre, principalement l’Européen qui, un jour, a débarqué sur une plage de la «Grande-Terre». Là, tableaux, dessins, documents écrits, photos… évoquent la découverte géographique et scientifique, la colonisation, l’action des missionnaires sans oublier la façon dont la France a exhibé ses «sauvages » lors de grandes expositions universelles et coloniales…

Il est toujours difficile de mettre sur pied une exposition où l’art, l’anthropologie, le politique se mêlent étroitement. Le Musée du quai Branly prouve, une nouvelle fois, avec «Kanak, l’art est une parole» tout son savoir-faire. Et on en sort avec l’impression, une nouvelle fois, de mieux connaître le monde dans lequel nous vivons.

Musée du quai Branly à Paris, jusqu’au 26 janvier, de 11 à 19 h, jusqu’à 21hle jeudi, vendredi, samedi, fermé le lundi sauf vacances scolaires.