«Les vendanges ont pris du retard cette année, constate Henri Larsille, directeur de l’Association des vignerons wallons. L’hiver a été rude, tout comme le printemps. »

Résultat : en Wallonie, les 150 vignerons amateurs et professionnels n’espèrent pas vendanger avant octobre.

Et pour ce faire, les vignobles feront appel à des bénévoles, des amis, des collègues ou de la famille pour récolter le raisin pendant 8 à 15 jours.

Car, «en général, les vignobles ne travaillent pas avec des saisonniers, explique Henri Larsille. Trouver des vendangeurs professionnels est impossible en Belgique car les surfaces sont trop petites à récolter, contrairement à la France. »

Des listes de volontaires

Beaucoup constituent alors des listes de volontaires, approchés lors des visites de domaine ou des fêtes aux vins. Motivés par l’expérience, ces volontaires ne viendront aider qu’une journée ou deux à la cueillette.

« Si les vignobles devaient payer les cueilleurs, ça leur coûterait 1 500 euros par hectare de récolte, remarque Jean-François Baele du Domaine du Ry d’Argent. Ici, ça ne leur coûte qu’un potiron pour la soupe et quelques sandwichs.»

En effet, beaucoup de vignerons wallons récompensent leurs travailleurs par quelques bouteilles de vins ou de bons repas.

Pas assez de cueilleurs

Mais depuis quelques années, la main-d’œuvre se fait de plus en plus rare. «Nous avons besoin d’une vingtaine de gens, et souvent nous nous retrouvons à trois ou quatre à nous occuper de nos 4000 pieds de vigne, explique Michel Kirsch, vinificateur du vignoble de Tervigne. Comme on ne les prévient qu’une semaine à l’avance, certains ne sont pas libres et nous devons nous contenter du nombre de cueilleurs présents.»

Henri Larsille évoque un probable désintérêt pour la vigne mais non le fait que les vendanges ne soient pas rémunérées.

Car, «les vendanges en Wallonie , c’est avant tout le partage d’une expérience, une journée conviviale de découverte et d’amusement, souligne Philippe Grafé, propriétaire du Domaine du Chenoy. Dès lors, nous ne visons pas le rendement.»

Une situation moins problématique pour les petites exploitations que pour les grandes. D’ailleurs, le vignoble des Agaises ou le domaine du Riz d’Argent font appel désormais à des machines pour leurs vendanges.

Du bénévolat légal ?

Une mécanisation du travail qui permet en outre d’éviter les problèmes légaux. «Quand j’entends que certains vignobles font travailler des bénévoles, syndicalement ça me fait toujours frémir, réagit Marie-Line Colin, permanente de la FGTB. Le bénévolat dans le secteur commercial est du travail au noir!»

Même si certains vignobles sont constitués en ASBL et peuvent eux accueillir des bénévoles, «il faut faire attention pour les autres, ajoute Jean-François Baele. Si les contrôles ne sont pas fréquents aujourd’hui, à l’avenir il y en aura. Un collègue en Flandre a fait l’objet d’une inspection. Cela lui a coûté 4 années de vendanges. »

Face à ce flou juridique, au déclin de la main-d’œuvre et à un taux de chômage important en Wallonie, Jean-François Baele est persuadé que, tôt ou tard, les vignobles devront recourir aux saisonniers.