Est-ce la rivalité entre une amante et sa future épouse qui a poussé l’un des plus grands génies flamands à faire de Bruxelles son terreau créatif? Car en 1562, Pierre Bruegel s’installe Rue Haute. Le peintre de 37 ans a jusque-là travaillé à Anvers, notamment dans l’atelier de son maître Peter Coecke van Aelst. Mais sa future belle-mère, épouse de ce dernier, insiste pour qu’il gagne la capitale. Elle aurait voulu l’éloigner d’une servante que Bruegel avait pour maîtresse. Le peintre épouse Mayken Coecke en l’église de Notre-Dame de La Chapelle en 1 563.

C’est donc un fait établi: Bruegel a réalisé ses plus grands chefs-d’œuvre à Bruxelles. La Tour de Babel, le Dénombrement de Bethléem, le Repas de Noce et la Kermesse ont tous été peints dans la capitale.

C’est la raison qui pousse la Direction des Musées royaux des Beaux-Arts à réaménager la maison Bruegel et son joli jardin. Un nouvel espace muséal multimédia y sera installé, tout en préservant rigoureusement le cadre historique de la maison et son environnement urbain du XVIe siècle.

Un dossier bien charpenté

Mais pourquoi cette maison? Même si les archives brûlées dans l’incendie de l’Hôtel de Ville en 1 695 ne peuvent attester de son séjour au 132, il est établi que Bruegel vécut dans la paroisse de l’église de la Chapelle. Il y fut même inhumé. De plus, la datation par dendrochronologie de la charpente et des poutres maîtresses de ladite maison Bruegel par l’Université de Liège prouve que les arbres utilisés pour sa construction ont été abattus vers 1 541. Elle était donc achevée quand Bruegel gagne Bruxelles. En outre, dans la maison décéda en 1 685 un descendant de Pierre Bruegel l’Ancien, le peintre David III Teniers, lui-même fils du célèbre peintre de genre David Teniers le Jeune.

La maison est achetée en 1940 par un passionné de Bruegel qui la restaure dans l’esprit du XVIe et la fait classer. Son épouse la lègue aux Musées royaux en 2007. Qui l’ouvriront donc au public en 2017, dotant Bruxelles d’un nouvel atout majeur pour attirer le public international avec cette figure artistique connue internationalement. Nul doute que l’endroit se déclinera autour de la «marque» Bruegel comme le Musée Magritte a pu le faire sur base de la grande figure surréaliste.

Mais pour voir les ripailles et les paysages enneigés du maître, il faudra coupler la visite de la Maison Bruegel à un billet au musée des Beaux-Arts. Car le pignon rouge en escalier de la Rue Haute n’abritera pas de peintures par contre: trop précieuses, elles resteront au musée.