Selon le SPF Mobilité et Transport (chiffres 2012), nous parcourons des distances de 15 % supérieures à la moyenne européenne, 20 % supérieures à celles des Français et 25 % supérieures à celles des Néerlandais (petit pays comme nous).

Le CPDT (Conférence Permanente du développement territorial) vient de produire une étude sur ce gros souci. L’étude examine différents scénarios pour réduire ces navettes sans qu’aucun ne soit vraiment satisfaisant.

En Belgique, la navette domicile-travail se caractérise par de longues distances et un haut taux de navettes interurbaines. Or les transports représentent le deuxième poste de consommation énergétique en Wallonie, après l’industrie. Par ailleurs, ces déplacements sont surtout du transport routier: 91,22 % de l’énergie consommée par le transport est due à la route. Et 78,7 % des véhicules routiers sont des voitures particulières, loin devant les camions (9,1 %) et autres véhicules (bus, moto, etc.).

Le bassin de recrutement de Bruxelles est le plus vaste. Chaque commune de Wallonie envoie des navetteurs à Bruxelles, sauf une (Martelange). 117 communes wallonnes envoient moins de 100 navetteurs à Bruxelles, 53 envoient entre 100 et 500 navetteurs, 61 communes entre 500 et 1 000 navetteurs, 29 plus de 1 000 et une (Braine-l’Alleud) plus de 5 000. Au total, 14 communes expliquent à elles seules 80 % du total des navetteurs vers Bruxelles. En tête : Charleroi (+ de 4 000), puis Namur (3 700), Mons (près de 3 000) et Liège (+ de 2 300). Les 350 000 travailleurs «vers» Bruxelles totalisent chaque matin 14 millions de kilomètres pour se rendre à leur lieu de travail, avec une distance moyenne de 40 km.

Mais il n’y a pas que Bruxelles. Les navettes se font entre toutes les villes, villages et périphéries. En fait, pointe l’étude, «le bassin de recrutement d’une ville ne correspond pas à son agglomération morphologique propre, mais englobe plusieurs agglomérations morphologiques, et dans le cas au moins de Bruxelles et de Namur, l’ensemble des agglomérations wallonnes».

Que faire? Nous obliger à vivre à côté de notre boulot? Cela semble illusoire tant le choix du cadre de vie se fait sur de multiples critères (école des enfants, famille…). Par ailleurs, nous sommes massivement propriétaires à vie (notre fiscalité nous y encourage, donc on déménage peu). «Faut-il n’admettre, pour rejoindre la moyenne européenne, qu’une navette inter-villes autour de 10 %, contre 30 % aujourd’hui? La question est complexe car la navette inter-villes en Belgique n’est pas une évolution récente mais une pratique ancienne, issue de la deuxième révolution industrielle, et fortement ancrée dans les esprits, auquel participe un modèle fiscal, sociétal et économique entier», souligne l’étude de la CPDT. En fait, nous admettons de faire jusqu’à une heure de trajet pour rejoindre notre travail, pas plus. Si on réduisait la possibilité d’aller «aussi vite» ou si on imposait des péages par kilomètres ou par accès urbains, cela pourrait nous décourager, suggère le chercheur de la CPDT.

C.Ern.

«Energie, Transport et bassins de recrutement», une note de recherche de Cédric Bazet-Simoni