Trente-huit mille poules et quasi autant d’œufs à écouler chaque jour sur un marché aujourd’hui saturé par de récents arrivages à bas prix venus d’Ukraine. Pourtant, les prix des cartons dans le commerce sont 15 % plus élevés qu’il y a 12 mois. Jean-Philippe Flamend, 36 ans et producteur wallon d’œufs traditionnels et Oméga-3, perd des milliers d’euros par mois depuis la fin de l’hiver. À la ferme de Frocourt (Éghezée) comme ailleurs, on a beaucoup investi pour se mettre aux normes européennes. Les installations familiales, autrefois limitées à 4 000 pondeuses, ont dû se développer; rentabilité et réalité du marché obligent.

« Je ne comprends plus. On a reçu des subsides, on s’est mis aux normes pour un meilleur bien-être des poules avec des parcours libres et un élevage au sol. On a répondu aux exigences toujours plus sévères. On promeut les produits locaux… Et l’Ukraine, qui a doublé sa production, a vu se lever l’interdiction d’exporter des œufs de catégorie b», clame Jean-Philippe Flamend.

La Commission justifie cette autorisation dans les conditions applicables aux importations provenant d’autres pays tiers, par les garanties offertes par l’Ukraine en matière sanitaire. Ce pays ne respecte en revanche pas les mêmes règles que l’UE en matière de bien-être animal.

100 œufs pour 4,80 €

L’accord d’association UE-Ukraine prévoit l’alignement de la législation ukrainienne relative à la santé animale et à la sûreté alimentaire sur la législation correspondante de l’Union. L’Ukraine doit fournir à celle-ci une liste de ses dispositions législatives en matière de bien-être animal et présenter le calendrier selon lequel elle entend procéder au rapprochement des législations. Ce qui n’arrange nullement nos producteurs qui dénonçaient déjà l’entrée d’œufs ukrainiens via la Pologne avant l’autorisation d’importer.

« On devrait écouler nos œufs à 7,30 € pour cent unités pour combler nos frais fixes et variables et engranger un minimum de profits. Aujourd’hui, le prix du marché est de 4,80 €.»

L’agroalimentaire qui tourne au ralenti, l’Espagne qui produit toujours plus et une industrie qui pousse toujours plus aux œufs liquides pasteurisés en bidons, n’arrange pas les affaires des producteurs d’œufs. « Un réparateur de machines à ramasser les œufs m’a confirmé d’importantes commandes de ces engins vers l’Ukraine. Je ne sais pas comment je vais m’en sortir?»

Le fermier hesbignon peut encore écouler une partie de sa production de qualité chez des commerçants locaux. Il engrange là une plus-value désormais impossible à obtenir sur le marché vu ces arrivages à demi-prix. «Ce n’est plus tenable. Il me reste quelques mois pour trouver des solutions. La qualité, l’industrie s’en moque. C’est cela aussi qui fausse le marché.»